Jeanine Fricker par Massin

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Extraits de l’interview Avec Massin à propos de Jeanine Fricker, réalisée par Rémy Dautin
et publié en novembre 2014 sur sur la revue en ligne Tombolo

« Jeanine Fricker, metteuse en livre née en 1925, n’a laissé aucune trace d’interview ou d’écrit sur sa pratique. Pourtant, après avoir travaillé pour Deberny & Peignot puis Larousse, elle fut avec Massin, au Club du Meilleur Livre, l’une des actrices de la révolution des clubs du livre. Elle a ensuite été chargée par André Malraux de l’ensemble de communication des actions du Ministère des Affaires Culturelles. Chez Gallimard, elle a collaboré à la prestigieuse collection l’Univers des Formes initiée par Malraux. Elle en a ensuite pris en charge la direction artistique, supervisant la déclinaison de la collection Folio dont les principes avaient été posés par Massin. […] Si Jeanine Fricker a réalisé la maquette de plus de 300 ouvrages et la communication de grandes expositions des musées nationaux en près de quarante ans de carrière, son travail et sa personne restent néanmoins largement méconnus.

Le lundi 3 mars 2014, chez Massin, rue du Montparnasse à Paris.

Massin — Elle a fait ses premières maquettes au Club du Meilleur Livre en 1955 je crois. Le club existait depuis 1952. […] À l’époque, nous étions quatre ou cinq graphistes inspirés par le travail que Faucheux avait réalisé précédemment au Club Français du Livre. C’est lui qui a tout déclenché en 1947. Nous étions donc quelques uns avec Faucheux, avec Jacques Darche, Jacques Daniel qui a été directeur artistique du Club Français du Livre (après Faucheux qui devint directeur artistique du Club des libraires) et Claude Bonin-Pissarro. Quant à moi j’étais directeur artistique, mais je faisais souvent appel à ceux que je viens de nommer. Or, après avoir vu dans les journaux des annonces publicitaires faites par Jeanine Fricker et qui donnaient une parfaite identité aux éditions Larousse pour lesquelles elle travaillait, Je l’ai faite venir et puis elle a commencé à travailler pour le Club […]

J’étais directeur artistique du Club du Meilleur Livre depuis 1952 et je l’étais encore en 1958 quand je suis entré chez Gallimard où j’ai été nommé directeur artistique aussi, officiellement en 1961. Et Jeanine Fricker, à la fin des Clubs, un peu avant les années 1960, dans l’intervalle, avait fondé son atelier avec plusieurs employés, dans un immeuble du Marais et elle a travaillé pour différents autres clubs, notamment pour…

Rémy Dautin — Les Jeunes Bibliophiles ?
M — Oui, entre autres. Et à cette époque-là, moi, je travaillais pour le Ministère du Tourisme sous la direction de Bernard Anthonioz […] , qui était sous la direction de Malraux au Ministère des Affaires Culturelles, a fait travailler à la fois Jeanine Fricker et moi même pour des affiches des Musées Nationaux, es imprimés, des brochures, des cartes de vœux etc. On a travaillé ensemble pendant deux ans. J’étais chez Gallimard mais au début, étant tenu en réserve, je n’avais rien à y faire ! Donc j’avais le temps de travailler pour les Musées Nationaux avec Malraux ! Et d’un seul coup chez Gallimard ils ont renvoyé le fabricant–il est parti dans les 24 heures […] Et d’un seul coup on a changé : la fabrication a été scindée en deux : fabrication technique d’un côté et direction artistique pour moi. Alors Jeanine Fricker après mon départ a continué le travail entrepris ensemble elle l’a poursuivi jusqu’à la fin des années 1960, je pense. Et puis elle travaillait pour différentes maisons. Et dans l’intervalle elle avait été aussi nommée maquettiste de la collection l’Univers des Formes qui avait été crée par Malraux.

RD — Qu’est ce qu’elle faisait de particulier ?
Qu’est-ce qui pouvait la différencier d’autres graphistes de l’époque ?

M — On avait un peu tous les même vues… Le premier était Faucheux, mais Faucheux il était typographe à 100 %. Il s’intéressait moins que nous autres à trouver des matériaux nouveaux et insolites pour la reliure, des astuces, des gags etc., bref, tout ce qui pouvait provoquer la surprise chez l’acheteur. […] On a cherché à faire des cartonnages, des reliures avec des matériaux différents: la soie, le bois, le verre, le velours, la toile de sac, etc. Alors ils étaient normalement tous reliés en papier au départ au Club Français du Livre mais plus souvent, après, en toile. C’était quand même tout nouveau à la vue comme au toucher. […] On a eu dans ce travail l’assistance totale et permanente des relieurs. Parce que ça les intéressait eux-mêmes aussi de faire des choses nouvelles […] Il y a quelque chose que j’ai initié au Club du Meilleur Livre et Jeanine Fricker s’en est beaucoup servi aussi. C’est de recouvrir la couverture−pour la protéger d’ailleurs−avec un rhodoïd, on appelait ça aussi un acétate. On pouvait avoir deux niveaux de lecture ; avec le titre en noir sur le rhodoïd et par transparence l’illustration dessous sur la toile, ou aussi l’inverse. On a introduit dans le cahier de tête de la cellophane imprimée également. On s’est bien amusés ! […] »

Accéder à l’intégralité de l’entrevue sur t-o-m-b-o-l-o.eu


Pour aller plus loin :
editions205.fr | Les amis du club, Plateforme de discussion autour des clubs du livre
La série de conférences Pratiques graphiques dans l’édition courante par Alban Cerisier
De nombreuses couvertures du club français du livre, (2)
Un article sur Le Club du meilleur Livre dans le Graphis de novembre 1957
Un article sur les clubs des livres par Pierre Riberette
Le Rachel L. Carson, Cette mer qui nous entoure réalisé par Jeanine Fricker en image, (2)

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