Paul Cox

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Photographie du portrait : © Paul Cox

« De l’œuvre de Paul Cox, on retient en premier lieu la multiplicité des moyens : peinture, scénographies, mais aussi jeux, illustrations de presse, graphisme (qu’il qualifie lui-même d’amateur), livres qui semblent s’adresser aux enfants, objets, auxquels viennent s’ajouter de nombreux carnets.

Si Paul Cox se déclare peu soucieux d’uniformité stylistique, certaines préoccupations sont récurrentes quel que soit le champ d’activité et donnent ainsi une cohérence à cette diversité. Plutôt que de vérifier des choses a posteriori, il s’agit de construire en s’assurant des conditions optimales de perméabilité au réel. Dès lors, le facteur du hasard et les contraintes inhérentes à un exercice de style, créent leurs propres déterminismes et conditionnent la construction, qu’il s’agisse du temps imparti pour un dessin de presse, ou des possibilités combinatoires offertes par la reliure d’un livre. Les combinatoires et le hasard ne sont pas les seuls motifs de ce travail, on y retrouve également une obsession pour les codes, les structures et les trames. Outils de restitution du réel, mais aussi créateurs d’un décalage, ils se retrouvent régulièrement convoqués pour aider à la transmission de connaissances. »

– cit. cac-synagoguedelme.org

 
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« Né à Paris en 1959. Autodidacte en art, Paul Cox fait des études d’histoire de l’art et de littérature anglaise, dans le but de s’assurer un gagne-pain et de pouvoir devenir ce “ peintre du dimanche pour qui chaque jour serait un dimanche ” que décrit Dubuffet. Après un mémoire sur Laurence Sterne et une agrégation, il arrête toutefois très vite d’enseigner, préférant faire, parallèlement à la peinture, des livres pour les enfants, des affiches (notamment pour la Ville de Paris, 1997, l’Opéra de Nancy, 1996-2001), des illustrations de presse, des logos, etc. Son intérêt grandissant pour les Constructivistes et autres avant-gardes qui faisaient “ de l’art à côté ” l’encourage à poursuivre dans cette voie pluridisciplinaire.

Il travaille aussi pour la scène (décors et costumes de L’Histoire du soldat, Opéra de Nancy 1997, de Casse-Noisette, Opéra de Genève, 2005), édite des jeux (Le jeu de l’amour et du hasard et Sculptures alphabétiques), et se passionne pour toutes les techniques d’impression, qu’il utilise plus à des fins de production expérimentale que de reproduction – ainsi de sa série de cartographies modulaires A Sentimental Journey et La Carte du tendre perpétuel, revisitées pour une de ses collections par Issey Miyake. Paul Cox a entrepris la publication périodique de l’ensemble de son travail (peinture, travaux graphiques etc.) sous forme de livre, dont le premier tome, Coxcodex 1, est paru en 2004 aux éditions du Seuil. […] »

– cit. lestroisourses.com

 

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« Dans sa peinture, dans ses livres ou dans ses travaux graphiques, Paul Cox construit souvent ses images à partir d’un vocabulaire limité. Pour lui, la contrainte est libératrice. Il aime l’utiliser comme règle du jeu, comme déclencheur pour se mettre à l’œuvre et faire des trouvailles. Elle fait songer au but visé par le poète Raymond Queneau qui, observant ses règles du jeu auto-imposées, cherchait à “ sortir de l’inspiration ”, confiant que la richesse des combinatoires lui permettrait peut-être de découvrir de nouvelles formes. »

– cit. Brochure de présentation de l’exposition Paul Cox, Jeu de construction,
Paris, Centre Pompidou, 2005. –

 
« D’une grande érudition, stimulé par la contrainte, Paul Cox produit des œuvres qui sont toutes une invitation à jouer, un détournement et une construction à la fois, qui se nourrissent les unes des autres, accumulent les mots et les images, sans plan préalable. Et pourtant… La mise en œuvre de tous ses projets procède, nous explique t-il, d’une méthode proche de la maniaquerie ! Si son œuvre fait écho, c’est qu’à chaque étape, il y a un questionnement, une brique posée l’une après l’autre, de vraies constructions, que, dans sa vie d’artiste, il veille méticuleusement à organiser. Il acquiesce à cette formule empruntée à Robert Filliou : “ l’art est une forme de loisir organisé ”. Quand il travaille sur un projet, Paul Cox débute toujours par énormément de notes, écrites ou dessinées. »

– Lucile Trunel cit. lajoieparleslivres.bnf.fr

 

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Paul Cox apprécie particulièrement les accidents, les rencontres aléatoires, les trouvailles issus des premiers tirages d’imprimerie. Son travail pose la question de ce qu’on peut imprimer, ce qui trompe l’?il: «Un trait peut être très beau en lui-même. C’est une chose assez rare dans les dessins figuratifs. Actuellement, tout est assez contraint dans l’édition. Une couleur est contenue dans une forme. Léger a fait sortir les aplats hors des formes pour mieux montrer la couleur elle-même. C’est à la même logique que les gribouillis présents dans Ces nains portent quoi? obéissent. Ils répondent à l’amour de la ligne.»

Paul Cox aime prendre les chemins de traverse, annoncer une chose et en donner une autre. Facétie du titre pour son album Animaux qui proclame ce qui est dedans sans l’être. Parce qu’il ne contient ni koalas ni lions, mais des taches, des formes sans queue ni tête. Au départ, l’artiste avait fabriqué de grands reliefs en bois colorés, proches du travail d’Arp. Pour agencer ces belles formes abstraites, il décide alors de leur attribuer une lettre de l’alphabet de façon arbitraire et d’épeler des mots.

L’image prime sur les mots. L’écriture, très présente et manuscrite dans ses premiers albums de Archibald le koala, s’éclipse dans les suivants. Devenus rares, les mots n’en sont que plus forts. Dans son dernier livre, Cependant…, où défilent des instantanés du monde, ce mot rythme la trame du livre: certains hommes jouent au foot cependant que d’autres tombent malades… »

Paul Cox brouille les pistes cit. lexpress.fr

 
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Extrait de Conversation avec Paul Cox
Vincent Tuset-Anrès, Le Fotokino illustré N°11

Comment le travail pour la scène est arrivé dans ton parcours ?

Ma première scénographie a été pour Histoire du soldat, en 1997, dans un cirque sous chapiteau, avec une scène circulaire. J’étais parti du principe que le narrateur donnait à voir son texte comme on montrerait un livre pop-up. Au fur et à mesure du récit, des cintres, des éléments de décor, tous plats, venaient se poser à vue. À l’origine, c’est comme pour les affiches, j’avais cette envie de faire des décors, car beaucoup de peintres que j’admire en ont fait. Ce sont des incursions intéressantes dans des voisinages proches. J’en avais parlé il y a très longtemps à un ami qui était à l’époque l’éditeur de mes premiers bouquins, et lorsqu’il est devenu directeur de l’Opéra de Nancy, il s’en est souvenu.

Progressivement, cette activité s’est faite de plus en plus présente, il me semble.

Aujourd’hui, effectivement, j’en fais plus fréquemment, et puis je le fais mieux, donc ça prend plus de temps ! Ce sont des gros chantiers, mais je ne veux pas non plus que ça me dépasse. En la matière, j’ai un modèle absolu, c’est Gilles Aillaud. Le rapport qu’il entretenait avec le théâtre, cette façon qu’il avait de faire des scènes qui ne ressemblaient en rien à ses peintures, tout en étant en lien avec ce qu’il y avait expérimenté… c’est ce que je recherche, trouver dans la scène ce que je n’ai pas l’occasion de tester dans mes peintures, et puis inversement. Je fais beaucoup de choses différentes, mais ce qui me passionne, c’est d’arriver à les entrecroiser. Toutes ces activités demeurent l’application d’arts visuels, mais elles sont tellement différentes dans leur mise en forme que cela amène des ouvertures.Par exemple, ce qui m’occupe en ce moment avec Aire de jeu, ça vient vraiment d’une chose que je savais pour l’avoir lue et observée chez les autres, mais que je me suis vraiment appropriée en le faisant moi-même avec mes petites peintures d’observation : c’est la question de la superposition des plans. C’est très rare de voir un objet, une personne, en entier. Mis à part ceux qui se trouvent au premier plan, les éléments qui composent tout ce que tu regardes sont tous masqués, en partie plus ou moins grande, par ceux qui se trouvent entre eux et toi. C’est une chose qui n’est pas évidente dans la représentation, chez les enfants par exemple, la superposition des plans est quelque chose d’assez rare, ils ont tendance à étager les éléments. On en prend d’avantage conscience lorsque l’on se déplace, en voiture ou en train par exemple, et que l’on voit les plans qui coulissent les uns avec les autres.

Est-ce l’intérêt pour ces questions de mise en espace, propres à la scène, qui t’a éloigné du livre, qui était une activité essentielle pour toi auparavant, et qui se fait plus rare désormais ?

Ce n’est pas tellement ça, enfin il y a plusieurs raisons. D’abord je suis assez lent, j’avance assez posément. Ce n’est pas du tout l’envie qui me manque de faire des livres, mais ce sont des chantiers qui nécessitent du temps, que je n’ai pas eu dernièrement. L’autre chose, c’est que je fonctionne un peu par période. Je nourris une sorte de claustrophobie stylistique : quand s’accumulent trop de projets dans un certain domaine, j’ai envie de m’en échapper. Et puis, sans prétention aucune, lorsque j’ai commencé à faire des livres pour enfants, il y avait assez peu de choses, ou bien des choses qui ne me plaisaient pas trop. J’ai donc cherché à faire avec mes moyens ce que j’aurais aimé voir en librairie. C’est vrai que maintenant cette «mission» en quelque sorte, me semble moins utile car depuis quelques années, même chez les très jeunes, je vois des choses que j’aurais été ravi de voir à l’époque, et donc je réserve un peu mes forces. En ce qui concerne la scène, c’est différent, même s’il y a une vingtaine d’années, aussi, je ne voyais pas des choses que j’avais envie de voir…

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Puisqu’on aborde ces aspects techniques, et pour faire un clin d’œil à Hockney, qui a écrit cette somme sur les secrets employés par les maîtres anciens : à égalité avec l’admiration pour le travail de nombreux artistes, il y a chez toi une forme de fascination pour leurs trucs…

Oui, c’est la curiosité, l’envie de connaître le processus de création, de démystifier en fin de compte, puisque bien évidemment on a pas affaire à des types qui font ça comme ça, les doigts dans le nez du jour au lendemain. C’est toujours le fruit d’un long chemin, d’un apprentissage, et de trucs. Je pense par exemple à un catalogue du musée de Montauban, dans lequel j’avais découvert que pour composer ses grandes machines, Ingres procédait par collage. Il réalisait de grands fusains, et ensuite il les découpait et les baladait sur sa toile, pour composer son image. C’est un procédé très simple, et qui pour moi souligne également le rôle fondamental du collage dans la construction d’une image. L’autre exemple qui me vient à l’esprit, c’est Rodin. J’avais vu l’exposition 300 dessins il y a quelques années, qui classait en grands chapitres toutes ses techniques de tâtonnement, que ce soit le dessin découpé et repositionné sous forme de collage, ou l’utilisation de contre-formes pour faire des sortes de pochoir. Ses dessins ont l’air d’être réalisés d’un coup de main, d’un trait extrêmement fin. Mais j’ai découvert que pour y arriver, il commençait par des esquisses, des séries de lignes, puis qu’ensuite il choisissait une médiane, avec un crayon très affûté, en allant très lentement. C’est très stimulant car ça rend le travail plus accessible, tu te dis : « Finalement, pourquoi pas moi ?! » Il y a tant de chemins possibles… Par rapport au collage, pour moi c’est un peu une obsession, je perçois le monde comme une sorte de vaste collage, que tu pourrais regarder comme une gigantesque collection de jeux de construction. Il y a un arbre, qui est un certain type de système, puis derrière se trouve une maison, qui est un autre type de système, plus loin tu as de l’eau, et ainsi de suite. Et dès que tu te déplaces, tout ce collage se déplace… Moi-même je procède par collage, je prépare plein de petits éléments que je découpe puis j’ai juste à les manipuler, les bouger, les coller, quel que soit l’agencement, ça fonctionne. Je me souviens d’un petit film dans lequel on voit Dubuffet travailler ainsi, on se rend compte que tout ce qu’il entreprend fonctionne. Cette idée de collage généralisé est au centre de l’Aire de jeu, parce le dispositif permet une infinité de superpositions de plans, de cadrages. Certains éléments sont des ouvertures, des fenêtres au travers desquelles tu découvres les plans suivants. Il y a une telle immensité de possibles que quelque part, ça marche toujours, c’est une méthode de paresseux, quoi !

Et l’enfance ? L’Aire de jeu fait référence à celle des comédiens et des danseurs, mais également à celle des enfants. La présence récurrente de l’enfance dans tes projets, tu la comprends comment ?

Quels que soient mes efforts, même les plus académiques, il y a toujours quelqu’un pour me demander : « Ah, c’est un enfant qui a fait ça ? » Cela m’a toujours beaucoup étonné, sans me fâcher du tout, d’ailleurs ! Cela doit sans doute venir de mon côté naïf et autodidacte. Je n’ai jamais été laminé par un prof qui aurait mis le doigts sur des choses qui ne vont pas, je sais qu’il y en a, mais je n’arrive pas à faire autrement. À vrai dire, j’ai vraiment l’impression d’être un enfant qui joue quand je travaille, et la notion de plaisir est véritablement cruciale, c’est un jeu solitaire, très proche des jeux solitaires que je pratiquais enfant. Il y a toujours aujourd’hui la recherche d’un plaisir dans le faire et l’évitement de choses qui seraient trop difficiles à réaliser. Je suis davantage à la recherche de ce qui peut me permettre une improvisation légère et plaisante. Il y a aussi probablement une conscience que ce qui me pousse à faire des images aujourd’hui m’habite depuis l’enfance, je ne m’en suis jamais séparé. J’avais la chance à la maison d’avoir beaucoup de livres, d’aller au musée avec mes parents, etc. Les enthousiasmes que j’avais enfant sont toujours les mêmes. Il y a aussi un souvenir fondateur. Ma grand-mère était peintre, sans talent particulier mais elle avait également une drôle d’activité, elle découpait dans des magazines des images et en faisait des albums pour mon frère, ma sœur et moi, qu’elle nous offrait à chaque Noël. Mais des images complètement sans queue ni tête, je me souviens de cette page avec une machine à écrire, une machine à coudre, à côté d’un bouquet d’iris… on adorait les regarder quand on était enfant ! Je n’ai jamais réussi à voir une quelconque forme de construction dans ses choix, mais c’est précisément ce qui était beau.


Plus de ressources sur Paul Cox:

Le blog très complet sur sa démarche lors de la conception d’un espace dédié aux enfants au centre Pompidou.
→ Un entretiens avec Paul Cox sur illustrissimo.com
Réécouter sur France Culture l’émission (Auto)portrait(s)
→ De nombreuses images sur primalinea.com
Une conférence à la Gaite Lyrique
→ Lire Paul Cox ou le codex imaginatif par Eléonore Hamaide
→ Lire Conversation avec Paul Cox dans Le Fotokino illustré N°11


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