Ken Garland

« Auteur du célèbre manifeste First Things First (1964), Ken Garland est une figure reconnue autant dans le paysage du design graphique que pour ses prises de position sociales et politiques.

Le graphiste britannique Ken Garland est aujourd’hui plus admiré et influent qu’à tout autre moment de sa carrière. La raison principale de la popularité de Garland tient au fait que ses prises de position sociales et politiques exprimées dans son célèbre manifeste First Things First de 1964 ont été redécouvertes par une nouvelle génération d’étudiants et de créateurs graphiques qui se rebellent contre l’idée que les graphistes sont destinés à n’être que des serviteurs muets du consumérisme.

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Dans ce célèbre manifeste, Garland avançait le point de vue que les graphistes ne faisaient pas le meilleur usage de leur talent en le mettant exclusivement au service de biens de consommation jetables. Il ne s’agissait pas, selon lui, de priver ces ‹ biens de consommation › d’une conception graphique de qualité, ni pour les graphistes de refuser de frayer avec la sphère commerciale. En fait, il insistait sur le fait qu’il était nécessaire pour eux de se livrer à un peu d’introspection afin d’identifier leurs priorités. Il écrivait ainsi dans son manifeste: ‹ Nous proposons une inversion des priorités en faveur de formes de communication plus utiles et plus durables. Nous espérons que notre société se lassera des marchands de gadgets, vendeurs de statuts et autres acteurs de la persuasion clandestine et que nos compétences seront recherchées prioritairement à des fins utiles. › Par ‹ formes de communication durables › et ‹ fins utiles ›, Garland appelait de ses vœux l’application des talents créatifs à des activités telles que la conception de la signalisation publique et de modes d’emploi.

Mais, alors que les graphistes commençaient à trouver leur compte dans les rémunérations rondelettes qui accompagnaient l’essor de la consommation de masse, les propos de Garland ont été taxés d’hérésie. Avec le boom de la conception graphique des années 1980 et 1990, la remise en question de l’orthodoxie commerciale a été confinée en marge de la profession, et c’est dans cet espace sombre que le manifeste de Ken Garland a été relégué jusqu’à ce qu’il soit remis au goût du jour en 2000 par un groupe de créateurs partageant des vues similaires. First Things First 2000 est l’œuvre d’un collectif enthousiaste composé de créateurs, d’enseignants et de critiques idéalistes,en porte-à-faux avec l’adhésion totale des concepteurs graphiques à l’hyper-consumérisme du plus fort des années Thatcher et Reagan. Mais comme lors de la tentative de Garland, les forces conservatrices à l’œuvre dans le secteur du design ont rejeté cette prise de position, qualifiant de saboteurs les instigateurs de ce second manifeste.

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Ce point de vue est resté dominant dans le monde de la création graphique jusqu’à la crise bancaire de 2008, quand une nouvelle génération de designers et d’étudiants s’est jointe à des groupes entiers de la population dans une rébellion non seulement contre le consumérisme, mais contre le capitalisme lui-même. Soudain, les idées de Ken Garland étaient de nouveau pertinentes. Dans le mouvement graphique, Garland n’adhère pas à la tendance revendiquant que la voix ou la signature du créateur soit perceptible dans les messages des clients. Dans son travail, le contenu prévaut toujours, et selon lui. le créateur désireux de faire passer ses opinions doit trouver d’autres plates-formes – d’où ses nombreux livres et ses innombrables contributions journalistiques – à part de son travail de création graphique.

Comme le souligne l’auteur Robin Kinross: ‹ Ken Garland appartient à la première génération britannique proprement dite de concepteurs graphiques ›. Il est l’un des piliers fondateurs de la création graphique au Royaume-Uni et plus que tous les autres concepteurs britanniques du xxᵉ siècle, il a incité les créateurs à questionner leurs motivations et leurs pratiques. Aujourd’hui, quiconque se considère comme un graphiste moderne doté d’un esprit critique doit beaucoup à Ken Garland. »

Adrian Shaughnessy cit. étapes: 212
Plus de ressources sur Ken Garland :

kengarland.co.uk
→ Une interview de Ken Garland sur designboom.com, eyemagazine.com et quenchedmusic.com
→ Consulter l’ouvrage That place, at any rate.
→ Consulter l’article Design graphique et métamorphoses du spectacle (p.27)
Autour du manifeste de Ken Garland et ses évolutions
→ Un entretiens dans Drip-dry Shirts: The Evolution of the Graphic Designer

 

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