La Marque Jaune – lecture d’une planche

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La Marque Jaune : lecture d’une planche d’Edgar-Pierre Jacobs. Entre Fantômas et Nosferatu
Par Pierre Fresnault-Deruelle In: Communication et langages, n°135, 2003

« Edgar-Pierre Jacobs est l’un des grands auteurs de la bande dessinée européenne. Avec Hergé (il aide ce dernier à élaborer Les 7 boules de cristal), Jacobs compte parmi les pionniers de l’École de Bruxelles, caractérisée par la “ligne claire”. La Marque jaune forme avec Le Mystère de la Grande Pyramide un diptyque célèbre où l’expressionnisme le dispute au classicisme. Pierre Fresnault-Deruelle nous livre ici sa lecture de l’une des planches de cet album mythique.

C’est en 1953 qu’Edgar-Pierre Jacobs fait paraître dans le journal Tintin son chef-d’œuvre La Marque Jaune. Cette histoire, qui n’a pas pris une ride, fait partie des quelques “BD culte” de l’âge d’or de l’École dite “e Bruxelles”. La planche qu’on a choisi ici de reproduire et de commenter ne cesse de retentir dans la mémoire des amoureux du 9e art.

Tout en haut de la page, la sombre silhouette d’un homme est venue se dessiner sur le ciel d’une première case, coïncidant elle-même avec la partie haute d’un immeuble (de cette coïncidence nous aurons à reparler). Dans la case 2, l’homme, qui se sert d’une gouttière comme d’une échelle, descend le long d’un
mur, pour suivre (case 3) une corniche. Case 4, le personnage se glisse par une fenêtre pour atteindre un couloir. Aucune parole n’est dite (pas de phylactère). En revanche, un récitatif, dans la partie supérieure des vignettes égrène un commentaire qui, bien qu’un peu trop redondant, ajoute à la tension dramatique de la séquence. L’homme, qui s’avance maintenant de face (case 5), est doté de lunettes brillantes qui tranchent sur le reste de son accoutrement, comme si lesdites lunettes étaient capables de percer l’obscurité, manifestée ici par une tonalité générale bleue. L’inquiétant personnage descend un escalier (case 6) ; il ouvre (case 7) la porte d’une pièce dont la face “interne” des battants présente une couleur ocre. Du point de vue chromatique, cette case fait la liaison avec la case 8 (un salon) que baigne la lumière d’un feu mourant dans l’âtre. Poursuivant son chemin, l’homme passe devant des statues et des masques rapportés d’Amérique et d’Egypte. Le personnage ainsi que les objets du premier plan (cadrés de 3/4 quarts arrière) sont mauve foncé, “aggravés” de noir, ce qui a pour effet de donner à cette case, au ton dominant brique, une atmosphère à la fois chaude et sinistre […] »

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