Polices d’apprentissage de l’écriture

Polices d’apprentissage de l’écriture ou polices de cahier : vers toujours plus de simplicité ?
Jef Tombeur, Cahiers GUTenberg, n° 46-47 (2006), p. 99-116

« Les polices d’apprentissage de l’écriture relèvent de diverses catégories. Certaines sont destinées à élaborer des exercices scolaires, d’autres à faciliter l’acquisition de l’écriture par la lecture, et certains dessinateurs de caractères s’adressent au public des parents voulant faire progresser leurs enfants ou même aux adolescents et adultes désireux de corriger ou améliorer leur écriture manuscrite. Pour beaucoup, ces polices de cahier sont encore synonymes d’écritures élégante, décorative, comme l’écriture cursive dite anglaise, ou scripte, des plans d’architecture. La décision du ministère français de l’éducation de doter les établissements scolaires de polices destinées à faciliter la fluidité de l’écriture et la prise de notes donne l’occasion de s’intéresser à quelques unes de ces polices du groupe des écritures dites latines. D’abord conçues pour que les élèves puissent reproduire l’écriture des employés aux écritures ou des fonctionnaires, les polices plus récentes ont d’autres visées pédagogiques, et cherchent moins à plaire qu’à faciliter l’acquisition dirigée ou l’auto-apprentissage de l’écriture. Nous avons tenté de départager ces polices et de nous interroger : leur évolution dépendra-t-elle de celles nouveaux procédés de reconnaissance optique de l’écriture et de la création de polices optimisées pour l’affichage sur les écrans ? Le futur ductus correct sera-t-il influencé par l’évolution technique ? []

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Les polices de cahier

Tout d’abord, de quelles polices parle-t-on ? De celles que nous qualifierons, selon une expression ad hoc, de polices de cahier. Soit des polices scolaires, destinées aux enseignants ou aux parents d’élèves, et non des polices d’édition ayant été conçues pour faciliter la lecture d’ouvrages réservés à un jeune public. Cette distinction est-elle valide ? Oui, s’il faut en croire certains créateurs qui ont ressenti la nécessité de concevoir deux gammes de familles, l’une destinée à faciliter l’apprentissage, l’autre réservée aux éditeurs. C’est le cas des P’tit François, d’Olivier Nineuil et Evelyn Audureau, dont les familles (scriptes et cursives) sont réparties en familles dites “Éducation”, qui sont “conformes aux réglures des cahiers scolaires (lignages “Seyes”, ou « tunnels » pour l’école maternelle)” et dites “Livre” (“avec montantes courtes [et] interlignage plus serré [pour] la composition des textes à lire”). Chaque famille comporte quatre styles (Medium, Medium Italic, Bold, Bold Italic). Elles ont été diffusées en 1996. En revanche, la Père Castor de José Mendoza, créée en 1975, et destinée à la composition des livres de la collection homonyme (éditée par Flammarion), avait tout autant vocation à servir d’exemple aux parents pour apprendre l’écriture à leurs enfants. La Père Castor, numérisée en 1996 par Thierry Puyfoulhoux, se compose, en sa version PostScript de type 1, de deux fichiers de polices, l’une rassemblant les caractères courants, l’autre des ligatures, et des formes alternatives pour un meilleur rendu de l’écriture cursive (dite aussi liée ou attachée) naturelle. Il s’agirait donc d’une police mixte.

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Les choses se compliquent avec les polices composites, pédagogiques et spéciales, vouées à faciliter la composition d’exemples réalisés par les parents ou les enseignants. Au plus simple, nous avons par exemple les polices de Jean-Marie Douteau, lesquelles se répartissent entre polices d’apprentissage de l’écriture (la gamme des polices Écolier, composé de deux polices courantes, l’une à descendantes courtes, l’autre à descendantes longues, avec trois variantes comportant aussi des réglures, une pour les classes préparatoires, deux autres reprenant la différence de longueur des descendantes), et de polices vouées à des exercices de lecture, les Obase et Odumo. Partant du principe que la partie supérieure des caractères permet de les distinguer, ces polices comportent des lettres dont la partie inférieure n’apparaît pas. Les créateurs de telles polices “composites” déploient des trésors d’imagination pour faciliter la tâche des parents et des professeurs des écoles. Il s’agit souvent d’instituteurs, en activité ou retraités. Ainsi, celles de Bernard Vivier (BV-Ronde et autres) s’accompagnent de versions dites boîte (pour imprimer des rectangles dans lesquels l’enfant tracera la lettre). Il a aussi prévu des astuces pour reproduire trois sortes de réglures. Les lettres de ses polices, si composées après avoir utilisé des raccourcis de touches (AltGr + touche peu usitée pour le français) s’inscriront alignées dans les réglures. » []

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