Maurice Sendak

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« Si le XXe siècle aura vu l’ascension d’un nouveau type d’artistes (les auteurs/illustrateurs pour la jeunesse), et l’invention d’une nouvelle forme d’expression par le livre (l’album d’images), parmi les maîtres de cette nouvelle alliance du mot et du dessin, l’une des figures les plus reconnues à un niveau international est certainement Maurice Sendak. […] Durant les années 50 et le début des années 60, Sendak va apprendre son métier en illustrant un très grand nombre de livres pour enfants, ainsi que quelques couvertures de livres. Alors que l’époque est plutôt à de très grands formats et à la tentation de l’abstrait (un des grands illustrateurs pour la jeunesse, dans ces années-là, est Leo Lionni), Sendak se démarque par une approche presque rétrograde et apparemment modeste, avec une énorme influence de l’art illustratif du XIXe siècle. Aquarelles et hachures croisées forment le principal de son vocabulaire graphique. » (cit. actusf.com)

« Il commence une carrière d’illustrateur de textes pour enfants dans les années 1950, mais c’est en 1960 qu’il affirme un style graphique redevable aux écoles d’illustration victoriennes mais cependant très personnel. Son itinéraire part du noir et blanc à peine soutenu parfois par de la couleur et aboutit à une esthétique très picturale. » (cit. universalis.fr)

« Un livre d’images n’est pas seulement ce que la plupart des gens pensent ce que c’est — une petite chose facile, avec plein d’images dedans, à lire aux petits enfants. […] C’est une chose terriblement difficile à faire, comme si l’on travaillait dans une forme de poésie compliquée et très exigeante. Cela vous demande tant d’efforts que vous devez être maître de la situation tout le temps, pour parvenir finalement à quelque chose de si simple et si dense — sans la moindre couture — quelle semblera avoir été assemblée en deux temps trois mouvements. Qu’une seule couture se voit et vous avez perdu. » (cit. actusf.com)

« À propos de son travail, Maurice Sendak écrit : “Tout comme il m’arrive de rêver la nuit, je suis assailli le jour par des impressions que je m’empresse de saisir. Il faut leur donner des contours réels et je construis alors une sorte de maison tout autour de l’histoire”. Cette construction, à l’instar d’un processus de création littéraire, semble le fruit d’un travail d’atelier où l’auteur recherche des formes en texte et image, comme des maisons qui hébergeraient et contiendraient les représentations qui donnent sens aux impressions évoquées. En effet, le dialogue entre le texte et l’illustration chez Sendak est passionnant : L’illustration intervient comme une extension picturale du texte, en prolongeant les mots pour que l’on puisse mieux les comprendre – prolongement qui les renforce, les complète et même les interprète. Puis, le texte donne à son tour la réplique pour ponctuer, nommer, préciser ou signifier, bref pour lire ce que l’image nous a proposé. […] Maurice Sendak écrit et dessine à partir de son enfance pour l’enfance de son lecteur. La caractéristique essentielle de son œuvre repose sur l’universalité et l’élaboration fantasmatique positive des conflits latents. Face à des histoires qui se fondent sur des expériences universelles, la fascination du lecteur – enfant ou adulte provient du fait qu’il se reconnaît lui-même et se sent reconnu par l’objet en lisant ; au fond, il se lit lui-même. Le charme qu’exercent les histoires et les illustrations de Sendak repose sur un don rare pour nommer la qualité et l’intensité de certains moments de l’enfance et des émotions qui nous habitent alors. […] Dans les contes de Maurice Sendak, nous suivons la quête de l’enfant, le héros, qui cherche à raccorder ses fantasmes et ses peurs avec les expériences réelles, pour vaincre les obstacles et pour grandir. […] Sendak affirme : “Au contraire de la propagande assenée dans une grande partie des livres pour enfants, l’enfance n’est qu’en partie un âge de l’innocence. Selon moi, elle est également un temps de sérieux, de confusion et qui comprend une grande part de souffrance. […]. Ce que l’enfant souhaite le plus c’est de trouver un peu de vérité quelque part et cela fait aussi partie du travail de l’écrivain de faire de son mieux pour rechercher cette vérité”. » (cit. cairn.info)

« L’œuvre de Maurice Sendak représente un constant éloge de l’imagination, cette porte par où l’on sort du réel mais aussi par où l’on y rentre. “L’imagination, dit-il, est pour l’enfant le moyen de transport gratuit dont il se sert pour pouvoir poursuivre son chemin à travers les problèmes quotidiens. C’est le pot d’échappement normal et salutaire pour les émotions corrosives, telles que la frustration, l’impuissance, l’ennui, la peur, la solitude et la rage. Un moyen de transport positif et adéquat”. » (cit. cairn.info)

« Graphiquement, le travail de Maurice Sendak est vraiment protéiforme. Si son trait est empreint de hachures dans Max et les maximonstres, il s’épaissit dans Cuisine de Nuit, devient plus réaliste dans Quand papa était loin et prend presque autant de formes que Sendak a produit d’albums. Même si on reconnaît sa patte, on ne peut pas vraiment définir un style Sendak. Lui-même parle de son dessin comme d’un dessin pratique. » (cit. radio.grandpapier.org)

MAX ET LES MAXIMONSTRES
Maurice Sendak (auteur-illustrateur)- 1963

« Max et les maximonstres (Where the wild things are) est devenu un classique de la littérature moderne pour enfants. Il fut pourtant l’objet d’une polémique enflammée lors de sa publication en 1963. Certains libraires, éducateurs et parents, s’érigeant en défenseurs de l’innocence de l’enfant, exprimèrent leur perplexité et leur hostilité à ce livre. On se posa un certain nombre de questions : Max fera-t-il du mal aux enfants ? Son mauvais comportement encouragera-t-il les jeunes lecteurs à le prendre pour leur idole et à s’opposer à leurs parents ? Les choses sauvages ne favoriseront-elles pas des cauchemars ? Un libraire donnait ce conseil : Ne laissez pas ce livre le soir à portée de main d’un enfant sensible. Les enfants, eux, ont été enthousiastes. Parmi l’abondante correspondance reçue par Maurice Sendak, cette demande d’un petit garçon : “Combien ça coûte d’aller là où se trouvent les choses sauvages ? Si ce n’est pas très cher, ma sœur et moi, nous aimerions y passer l’été prochain”. » (cit. cairn.info)

Lorsqu’il a reçu, en 1964 aux Etats-Unis, le prix accordé à l’auteur de la meilleure publication illustrée pour enfant, Maurice Sendak a expliqué : “Max, le héros de mon livre, décharge sa colère contre sa mère et il retourne au monde réel ensommeillé, affamé et en paix avec lui-même. Bien sûr, nous voulons tous protéger les enfants contre des expériences douloureuses qui dépassent leur capacité de compréhension émotionnelle et sont source d’anxiété. Cela paraît évident. Cependant, ce qui est tout aussi évident, mais souvent négligé, c’est que tous les enfants, dès les premières années de leur vie, ont affaire à des émotions qui les perturbent, que la peur et l’anxiété sont une partie intrinsèque de leur vie quotidienne et qu’ils gèrent en permanence leur frustration le mieux qu’ils peuvent. La fantaisie reste la meilleure arme dont l’enfant dispose pour apprivoiser ses parties sauvages. Ce qui confère à mon travail toute la vérité et la toute la passion qu’il peut éventuellement avoir, c’est mon engagement dans ce fait inévitable de l’enfance, la terrible vulnérabilité des enfants et en même temps leur lutte pour devenir les rois de toutes les choses sauvage”. » (cit. cairn.info)

« Max, le héros de notre histoire, est un petit garçon qui, comme il arrive nécessairement à tous les enfants, ressent parfois un désir insurmontable de faire des bêtises, de détruire, d’alarmer, de se confronter, d’exaspérer, d’agresser, de dévorer et de mettre à l’épreuve ceux qu’il aime. En d’autres termes, et en images dans le texte, de se revêtir de sa peau de loup. Ces comportements sauvages nous renseignent sur le monde intérieur enfantin qui est loin d’être entièrement rose. […] Max est un garçon furieux, férocement fâché. La sortie hors du réel pour rentrer dans la fantaisie est illustrée par un Max qui ferme ses yeux. Dans sa chambre, les frontières entre le réel et l’imaginaire s’estompent. S’installe une atmosphère de rêve. La chambre devient une forêt fantastique où son bateau l’attend. Max hisse les voiles et entame un voyage à travers l’océan du fantastique jusqu’au fin fond de l’inconscient, au pays des Maxi-monstres où il se fait couronner roi. C’est aussi le royaume de la toute-puissance magique. L’illustration prend alors d’énormes dimensions et remplit toute la page. Plus besoin de texte. » (cit. cairn.info)

« Ce jeu entre le texte et l’image, chacun prenant tour à tour la prépondérance rompt avec la rigidité des albums illustrés pour la jeunesse. Max et les maximonstres est le premier album dynamique, ce en quoi il se rapproche de la bande dessinée, et il ouvre la voie à quarante années d’approfondissement de cette intuition qu’on peut formellement rendre compte du passage du temps et des différentes intensités d’une histoire par une occupation intelligente de l’espace du livre. » (cit. ingirum.blogspirit.com)

CUISINE DE NUIT
Maurice SEndak (auteur-illustrateur) – 1972

« En 1970, paraît Cuisine de nuit. Si Max et les maximonstres avait déjà été largement critiqué par certains bibliothécaires et enseignants, Cuisine de nuit fait carrément scandale. Pourquoi ? parce que le héros, le petit Mickey est nu pendant tout l’album, et si ce n’était que ça, mais il y a même des pages de nudité frontale. Une rumeur raconte que certaines bibliothèques avaient recouvert les parties intimes de Mickey avec un petit slip de papier collé au scotch dans le livre. L’histoire est celle d’un petit garçon, qui après avoir été réveillé par du bruit en pleine nuit, se met à flotter dans le ciel d’une étrange ville , où immeubles et gratte-ciels sont remplacés par des boîtes de céréales et des bouteilles de lait. Il est question d’un gâteau cuisiné par trois pâtissiers bedonnants, d’un vol en avion de pâte à crêpes et d’un bain dans une bouteille de lait. Ce livre dont le découpage rappelle la bande dessinée est sans conteste un hommage au Little nemo de Windsor McKay dont Sendak avait admiré les originaux quelques années plus tôt. Comme dans « Max et les maximonstres », le rêve et la liberté que l’enfant peut y expérimenter est au centre du livre. »
(cit. radio.grandpapier.org)

« Mickey tombe de son lit pour atterrir dans le pétrin du matin. Au fil des pages, il participe au façonnage des petits pains au lait. Il sera battu bien fort, cuit au four, puis vétu de brioche, il partira à la recherche du lait, indispensable à la recette, à dos d’avion brioché… Une fenêtre ouverte sur le monde des rêves et Mickey, héros téméraire de cet album, décolle de sa chambre pour atterrir dans le pétrin de trois cuisiniers bien décidés à préparer la brioche du petit déjeuner. Mickey se déguise avec la pâte à pain, façonne un avion, s’envole dans le ciel étoilé, nage dans le lait frais, se promène dans ce monde de nourriture fait de conserves, de bouteilles, de bricks et de pots de confiture, puis, une fois la brioche cuite, retourne dans son lit et se rendort. L’album est un véritable hommage à Winsor McCay célèbre dessinateur Américain. En effet, on retrouve le style de ses cartoons dans les illustrations et la mise en page de l’album très proches de la bande dessinée Little Nemo. De plus, les images sont jalonnées de références à la société américaine : gratte-ciel, métro aérien, produits alimentaires et personnages connus comme les cuisiniers, véritables sosies d’Oliver Hardy ou Mickey, le héros qui fait référence à la souris bien connue de Disney.

C’est un véritable parcours gourmand que nous propose Maurice Sendak dans cet album. Au grès des différentes pages on se ballade dans un monde bâti de boîtes de conserve, de paquets de biscuit, de bouteilles de sirop et de pots de confiture. Au loin, on aperçoit même un dôme presse agrume, une antenne batteur et un tir bouchon. » (cit. lajoieparleslivres.bnf.fr)

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