David Pearson

« En seulement dix ans de carrière. David Pearson s’est forgé une solide réputation internationale grâce à son travail pour les éditions Penguin Books et Zulma. Sur son terrain de prédilection, les couvertures de livres de poche, le designer typographe londonien a développé une approche radicale d’où transparait une grande sensibilité.

A sa sortie de Central Saint Martins, David Pearson n’a que 23 ans, lorsqu’il rejoint la maison d’édition britannique Penguin Books. Pour la collection « Great Ideas » (qui propose des textes politiques ou philosophiques de grands auteurs), le jeune designer façonne une esthétique fortement reconnaissable grâce à l’utilisation fine et intelligente de la typographie et de la couleur. En articulant les formes abstraites et les styles de caractères, il construit des visuels expressifs, fidèles aux contenus, sans pour autant imposer une imagerie trop restrictive au lecteur. Pour la maison d’édition française Zulma. avec qui il entretient une collaboration fructueuse depuis huit ans, Pearson développe une approche différente, basée sur l’usage de motifs simples ou géométriques, plus que sur la typographie. Il en résulte une collection aux visuels radicaux, fruit d’un processus de travail et d’une réelle coopération entre le designer et son commanditaire. […]

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Entretiens entre Morgan Prudhomme et David Pearson publié dans le magazine étapes N°220

J’aimerais vous laisser vous présenter, décrire votre travail…
Je suis un book designer. J’aime utiliser la typographie comme forme principale. Il n’y a que pour les éditions Zulma que j’utilise des motifs abstraits. Je limite toujours mes propositions de couverture à un seul ingrédient: un motif ou de la typographie. En limitant les options, en restreignant les possibles, je me sens plus créatif. Je fais partie de ces gens qui deviennent fous si trop de choix se présentent à eux. Par exemple, j’aime les menus de restaurant qui ne proposent que deux choix. Sinon je prends peur ! (Rires.)

Pour Zulma. vous travaillez avec des formes très minimales, pourquoi ce choix ?
Je travaillais encore pour Penguin, en 2006. lorsque les éditions Zulma m’ont demandé une proposition pour tout leur catalogue. Comme j’avais en tête des centaines de bouquins potentiels, une fois encore, j’ai rapidement essayé de limiter les choix. J’ai pensé que l’idée des motifs pourrait être une très bonne option. Surtout parce que je ne parle pas français ! (Rires.) Il fallait que je mette de la distance entre le contenu et moi. Si j’avais décidé de mettre en couverture une image littérale du personnage principal, il ne serait resté aucune place pour établir des jeux de nuance avec le texte. Avec ces motifs, et grâce a la générosité de Zulma, â la manière dont nous communiquons, nous sommes capables de produire des images
qui me semblent appropriées. Nous entretenons des échanges passionnés autour des œuvres. C’est une relation privilégiée, presque symbiotique.

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Laure Leroy, des éditions Zulma, vous envoie de très courts résumés des livres en anglais, qui servent de tremplin à votre dessin et vous lancent dans une direction.
Habituellement, le client donne un brief, puis je lis le livre et j’y apporte une réponse, très personnelle. Avec Zulma. c’est une réponse collective. Lorsque les motifs que je propose ne conviennent pas. Laure me remet sur la bonne voie. L’échange fonctionne dans les deux sens. Et Zulma est désormais mon plus vieux client !

En 2009. vous lancez White Books, quel est le projet, sa vision ?
Au début, le projet White Books était un loisir. Je faisais des livres chez moi et les vendais au détail. Je souhaitais donner un ressenti de l’histoire en travaillant avec les motifs. J’appelais cela pathetic fallacy : le fait de prêter des émotions humaines ou des comportements aux choses de la nature. Je n’aime pas représenter des personnages sur les couvertures, cela en dit trop, mais si l’un des personnages a un état émotionnel particulier, ou si l’émotion évolue d’une certaine manière dans l’histoire, je préfère de loin illustrer cela avec le vent, la pluie, des graines… Un élément naturel qui vient remplacer le personnage. C’est un peu pareil avec le travail pour Zulma. Et cela permet au lecteur d’éviter toute imagerie imposée.

Vous invitez d’autres artistes à se prêter à l’exercise…
Oui, avec White Books, j’invite des artistes que j’admire et leur laisse toute la place pour travailler sur mes livres préférés. La seule condition est de créer un motif qui naisse du sens de l’histoire et d’en faire le plus beau livre possible. Ce sont des textes qui sont libres de droits pour la plupart. sur lesquels on s’accorde beaucoup de temps, ce qui n’existe dans aucun autre contexte. […] »

– cit. magazine étapes N°220

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Plus de ressources sur David Pearson :

Le site de David Pearson et Son flickr
→ Différentes interview sur : designboom.com, printmag.com et eyemagazine.com
A propos de la série Great Ideas
Un article lui est consacré dans le magazine Grafik
→ Consulter l’ouvrage Penguin by Design


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