Ladislas Mandel

« La linéale, dépourvue d’empattements et de modulations, nourrit abondamment le mythe de la standardisation d’une culture uniformisée – une graphie unique – et neutralisée. Ladislas Mandel se fera ainsi le défenseur amer d’une typographie ‹ latine › propre à flatter l’ego des typographes nationaux censés détenir le monopole d’un héritage humaniste, nous préservant du ‹ harcèlement des linéales impersonnelles et tentaculaires ›¹ »

« Dans une écriture typographique ou manuscrite, je trouve beaucoup plus de vérité que dans l’Histoire écrite, où l’on ment, et que l’on refait tous les jours. Dans l’écriture on ne peut pas mentir. C’est l’expression directe de l’homme, avec son corps et son esprit.² »

« D’origine hongroise, né en Roumanie, il débuta sa carrière en France en 1936. Formé aux Beaux-arts de Rouen et à l’Académie Ranson de Paris, il s’intéressa d’abord à la peinture et la sculpture, puis à la restauration des monuments historiques. C’est après la guerre -durant laquelle il intégra un mouvement de Résistance-, qu’il  fut engagé, en 1954, par la célèbre fonderie Deberny & Peignot. Grâce à Adrian Frutiger, il devint ‹ dessinateur de caractères ›, une profession alors rendue essentielle par l’essor de la photocomposition. Adaptant d’abord des caractères existants à cette nouvelle technologie, il en créa rapidement de nouveaux. Il dut notamment sa notoriété à ses caractères à ‹ haute lisibilité », dessinés pour l’annuaire téléphonique français (‹ Clottes ›) mais aussi italien (‹ Galfra ›) et américain (‹ Colorado ›).³ »

« L’activité professionnelle de Ladislas Mandel en fit rapidement un spécialiste des caractères pour annuaires téléphoniques, nécessitant une étude poussée de l’optique et de ses effets sur la lisibilité d’un texte. Ce type de polices doit être à la fois lisible (d’où des bas de casses quasiment aussi grandes que les capitales, et les ‹ pièges à encre › destinés à éviter tout ‹ bouchage › à l’impression en petit corps) tout en étant très économique (afin de limiter le volume des annuaires). Ici, le Galfra, créé pour la SEAT (Società Elenchi ufficiali Abbonati al Telefono) italienne.⁴ »

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Ladislas Mandel poursuivit aussi tout au long de sa carrière une réflexion originale autour de l’écriture et de la typographie. Il s’opposa à l’idée d’une typographie universelle et neutre. Pour lui, chaque écriture imprimée devait au contraire refléter les spécificités de la société dans laquelle elle était née. Le Ministère de la Culture lui confia pour cela, en 1983, la création du caractère ‹ Messidor › pour réaliser une édition des Oeuvres complètes de Victor Hugo. En 1985, Mandel fut également l’un des fondateurs de l’Atelier National de Création Typographique (ANCT), devenu par la suite l’Atelier National de Recherche Typographique (ANRT). Il participa aux rencontres typographiques de Lure, à de nombreuses conférences et collabora à plusieurs revues spécialisées. Deux ouvrages, enfin, vinrent résumer sa pensée : l’Ecriture, miroir des hommes et des sociétés (1998), et Du pouvoir de l’écriture (2004), tous deux parus aux Editions Pérousseaux.

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Pour nourrir ses recherches, Ladislas Mandel s’appuya sur sa très riche collection personnelle. Passionné par l’écriture et la typographie humanistes, il s’inspira notamment de son propre exemplaire d’un incunable paru à Parme en 1493, Caii Julii Solini Rerum memorabilium collectaneae, enrichi de notes manuscrites, pour dessiner le ‹ Solina › et le ‹ Laura ›, deux ‹ caractères d’étude ›.⁵ »

¹ Vivien Philizot cit. Le signe typographique et le mythe de la neutralité
² cit. bnf.fr
³ cit. collections.bm-lyon.fr
⁴ cit. isabellecosta.wordpress.com
⁵ cit. bnf.fr

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Plus de ressources sur Ladislas Mandel :

→ Un très bon article publié dans etapes Ladislas Mandel, explorateur de la typographie française par Olivier Nineuil
Corpus typographique français, Ladislas Mandel
→ Consulter Ladislas Mandel, l’homme derrière la lettre travail de mémoire par Raphaël de Courville
→ De nombreux articles signés par Mandel sur Persee.fr :
L’écriture typographique: vers une prise de conscience
Propos sur l’ordre typographique
Le Messidor : nouveau caractère français
Nouveaux regards sur l’antiquité de notre écriture
La magie de l’écriture : du visible à l’invisible
L’écriture typographique : expression d’une identité culturelle
L’écriture typographique : vers une prise de conscience
Un caractère pour annuaires téléphoniques
→ Consulter un aperçu de l’ouvrage Écritures miroir des hommes et des sociétés

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