Helvetica – Gary Hustwit

« Helvetica est un long-métrage indépendant sur la typographie, le graphisme et la culture visuelle globale. Il se penche sur la prolifération d’une police de caractères dans le cadre d’une conversation sur la façon dont la typographie affecte nos vies. Le film est une exploration de l’espace urbain dans les grandes villes et sa relation avec la typographie, une discussion fluide avec des designers de renom à propos de processus de création de cette célèbre police ainsi que les choix esthétiques appliques par le designer Max Miedinger. Helvetica est présente dans les mondes du design, de la publicité, de la psychologie et de la communication, et nous invite à prendre un second regard sur les milliers de mots que nous voyons tous les jours. » (cit. iesanetwork.com)

Dans Helvetica sont interviewés : Erik Spiekermann, Matthieu Carter, Massimo Vignelli, Wim Crouwel, Hermann Zapf, Neville Brody, Stefan Sagmeister, Michael Bierut, David Carson, Paula Scher, Jonathan Hoefler, Tobias Frere-Jones, Experimental Jetset, Michael C. Place, Norm, Alfred Hoffmann, Mike Parker, Bruno Steinert, Otmar Hoefer, Leslie Savan, Rick Poynor, et Lars Müller.

« Helvetica est une police de caractères linéale sans empattements (en anglais, sans serif) créée en 1957 par Max Miedinger qui l’a dessinée dans un objectif précis: atteindre l’harmonie optique la plus aboutie possible. Symbole de la typographie suisse, cette police d’une grande lisibilité avec son tracé d’une grande neutralité lui permet de se prêter à tous les usages, si bien qu’elle demeure une des polices les plus utilisées dans le monde et jouit de la faveur des graphistes et typographes.

Le graphiste et typographe Max Miedinger (1910-1980) a conçu l’écriture Helvetica sur mandat de son ancien employeur, l’entreprise de fonderie de caractères Haas à Münchenstein (canton de Bâle), en 1957. L’entreprise fut plus tard reprise par des Allemands. La police d’écriture a d’abord porté le nom de Haas Grotesk. Elle a été rebaptisée Helvetica en 1960. En 1983, la fonderie allemande Stempel a modernisé l’écriture en Helvetica Neu. C’est l’entreprise Linotype qui gère aujourd’hui les licences de la famille Helvetica, qui compte désormais une douzaine de variantes. » (cit. iesanetwork.com)

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Tous les jours, la Typographie communique avec nous. Les polices de caractères expriment une humeur, une atmosphère, elles donnent une certaine coloration aux mots.
Partout où vous regardez, vous voyez des polices de caractères, mais il y en une que vous voyez plus souvent que n’importe quelle autre. C’est l’Helvetica. Elle semble sortie de nulle part, elle est comme l’air ou la gravité, c’est difficile à évaluer, c’est comme demander à quelqu’un son avis sur de la peinture blanche, c’est juste là.
La plupart des gens l’utilise parce qu’il la voit partout, C’est comme aller au McDonalds sans penser au menu, on y va simplement parce que ces restaurants sont à tous les coins de rue,nous mangeons cette saleté, juste parce qu’ils sont partout.
Pour moi, l’Helvetica est juste superbe, intemporelle ! Et certaines choses ne devraient pas la salir, vous savez ? Le graphisme est l’infrastructure de la communication, à travers laquelle ces messages reflètent ce que le monde est aujourd’hui, et ce à quoi nous devrions aspirer. Les designers ont énormément de responsabilités, ces gens s’immiscent dans nos têtes.

MASSIMO VIGNELLI
Maintenant, est ce que je devrais le dire ou non ? Vous voulez que je dise quelque chose ? Dire quelque chose ou ne rien dire du tout ? La vie d’un designer est une lutte : un combat contre la laideur, comme un médecin se bat contre la maladie. Nous essayons de neutraliser par le design, la médiocrité visuelle qui nous entoure. Un bon typographe est toujours sensible à l’espace entre les lettres, nous pensons que la typographie est noire et blanche, mais la typographie est vraiment blanche, elle n’est même pas noire, c’est l’espace entre les caractères qui crée vraiment le noir. En fait, c’est comme en musique, ce ne sont pas les notes, c’est l’espace que vous mettez entre ces notes qui fait la musique.
Par exemple, nous avons conçu l’identité de la compagnie American Airlines. c’était en 1966, et la nouveauté à l’époque était d’écrire un mot au lieu de deux : AmericanAirlines en un seul mot, une moitié bleue et l’autre rouge, juste séparées par la couleur. Qu’y a t’il de plus américain que le bleu et rouge ? C’était parfait ! C’est la seule compagnie aérienne au cours des 40 dernières années, qui n’a pas changé d’identité visuelle. Toutes les compagnies vont et viennent, mais pour American Airlines c’est toujours la même. Il n’est pas nécessaire de la changer, comment faire mieux ? Ils ont déjà obtenu le meilleur : American Airlines en Helvetica.
Nous avons toujours eu tendance à utiliser très peu de polices. Nous croyons en la typographie, mais nous pensons qu’il n’ y pas beaucoup de bonnes typographies. En étant généreux, je dirais une douzaine. Le plus souvent, je n’en utilise pas plus de trois. Certains pensent que la typographie devraient être expressive,nous n’avons pas les mêmes points de vue, je pense qu’elle devrait être totalement inexpressive, je peux écrire le mot «chien» avec plusieurs polices de caractères et ça n’a pas besoin de ressembler à un chien, mais certains pensent que quand ils écrivent «chien», il faut aboyer !
L’Helvetica est une police de caractères qui a été générée par le désir d’avoir une meilleure lisibilité. C’est une typo moderne et claire. Elle est à peu près bonne pour tout. Vous pouvez dire «Je t’aime» en Helvetica et vous pouvez l’écrire en Helvetica Extra Light si vous voulez être vraiment chic, ou en Extra Bold si c’est intense et passionné, et ça marchera ! Vous pouvez dire aussi «Je te hais». Je pourrais certainement écrire quelques courriers en Helvetica à Washington D.C., en particulier, si je peux me permettre… Lorsque l’Helvetica est arrivée, nous étions tous prêt pour cela.
Elle a toutes les bonnes connotations que nous cherchions, pour tout ce qui voulait être haut et fort: Moderne. Les années 50 sont une période intéressante dans le développement de la conception graphique. En cette période d’après-guerre, après l’horreur et le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu un réel sentiment d’idéalisme chez certains designers, beaucoup peut-être, à travers le monde, certainement en Europe, ce design est un élément dont nous avions, besoin pour reconstruire, pour faire des choses plus libres, pour les faire fonctionner plus en douceur, de façon plus démocratique.
Il y avait cette dimension sociale chez les designers et au début de la période la plus moderniste, ces expériences commencent à se décomposer, se rationaliser, se codifier, jusqu’à l’émergence de ce que l’on appelle le style typographique international : le Graphisme Suisse
Et ce sont les designers suisses dans les années 50 qui en sont le véritable moteur. C’est là, qu’est apparue l’Helvetica. L’Helvetica émerge en 1957, elle est née comme une nécessité de rationalisation des polices de caractères elle peut être appliquée à toutes sortes d’informations contemporaines, que ce soit comme système de signes ou comme identité d’entreprise, elle exprime sa modernité au public de façon intelligible et claire. Elle suggère donc ce grand sentiment d’idéalisme partagé par de nombreux designers.

WIM CROUWEL
Je suis un moderniste, vous savez, j’ai été formé à cette période. Je vivais à cette période, j’aime le Modernisme. Je vais la semaine prochaine à Londres pour voir l’exposition sur le Modernisme. Je veux y aller, c’est ma vie. ,Je suis entouré de meubles de cette période. Je ne peux plus changer.
Mais quand je vois les designers d’aujourd’hui, ils utilisent toutes les polices de caractères, une fonte un jour, une autre police le jour suivant, en faveur d’une certaine atmosphère, je ne peux pas, ça ne me plait pas. J’ai toujours été attiré par la clareté. ça doit être clair, ça doit être lisible et simple.
Alors j’ai commencé à utiliser, peu à peu, des grilles dans mon design, pour mes catalogues de musée. J’ai inventé une grille, et à l’intérieur de la grille, je me suis amusé, mais toujours en respectant les lignes de ma grille, de sorte qu’il existe un certain ordre dans ce jeu. C’est pour ça que j’utilise les grilles, c’est pour cette raison qu’onme surnomme «Gridnik.»
Pour moi, l’ordre est un outil de création, et créer de l’ordre, c’est la typographie. J’ai commencé à travailler tardivement sur ordinateur, je crois que c’est en 1993, que j’ai acheté mon premier ordinateur, et j’ai appris par moi-même, je sais bien m’en servir aujourd’hui, mais pas aussi bien que la jeune génération. Je suis lent, mais j’y arrive car cet outil m’intéresse énormément. J’aurais aimé en avoir un dans les années 60, parce que nous pouvons travailler plus vite, et on peut faire tellement mieux, particulièrement avec les calques, que vous pouvez superposer dans votre travail.
Dans les années soixante, nous avions de grandes difficultés avec deux ou trois calques.
Vous deviez le faire en photographie, en passant par toutes sortes de techniques folles, et il nous fallait des jours, pour travailler sur une affiche. Et maintenant, 30 minutes après avoir eu votre idée, vous pouvez faire des déclinaisons et faire le bon choix.
Vous ne faites pas un meilleur travail avec l’ordinateur, mais vous pouvez l’accélérer prodigieusement. Dois-je commencer ? J’ai fait ces timbres-poste sur le mouvement de Stijl.
Au début, vous voyez les esquisses, j’ai essayé d’utiliser les typographies de Van Doesburg, un des artistes du mouvement deStijl. Puis, j’ai décidé, lors de la conception finale, de ne pas utiliser ces polices de caractères, car les illustrations sont déjà de cette période, et j’ai utilisé la typo la plus neutre possible: l’Helvetica.
L’Helvetica est une étape essentielle dans les polices du XIXè siècle, elle était un peu plus mécanique, elle représentait la suppression du mode d’assemblage manuel et nous avons été impressionnés par sa neutralité et la neutralité est un mot que j’adore. Elle devrait être neutre ; elle ne devrait pas avoir un sens en soi. elle devrait … le sens est dans le contenu du texte, pas dans la police. C’est pourquoi j’aime l’Helvetica.

MATTHEW CARTER
Je dois dire que, pour une grande partie de ma vie, j’ai plutôt redouté le moment d’avoir à l’expliquer à quelqu’un … vous savez, vous vous retrouvez assis à côté d’une gentille personne dans un avion ou un train et elle vous demande tôt ou tard, ce que vous faites et si vous dites créateur de caractères, elle ne comprends pas.
De temps en temps, certains connaissent ce métier mais ils vous disent : «Je pensais qu’ils étaient déjà tous morts». Depuis que j’ai un peu travaillé pour Microsoft dans le milieu des annèes 90 sur les polices d’écran, en particulier la Verdana et la Georgia, j’ai fait des rencontres très comiques avec des gens qui disaient, «Oh, vous travaillez avec des polices». Notre direction nous a demandé d’utiliser une nouvelle police qui s’appelle Verdana, vous en avez entendu parler? » Conversations amusantes qui n’aurait jamais eu lieu, il y a 30 ou 40 ans. Mon père était typographe, et bien qu’il ne m’ait pas poussé à suivre ses traces, quand j’ai quitté l’école secondaire du Royaume-Uni, avant d’aller à l’université, j’ai décidé de faire un stage d’un an non rémunéré, dans une fonderie aux Pays-Bas, où j’ai passé une année d’apprentissage qui s’est avéré être un métier complètement obsolète, faire des caractères typographiques à la main… Il s’agissait de couper les lettres en acier et les graver en taille réelle.
Vous savez, je crois que je n’arrivais pas à faire plus d’une lettre par jour à ce moment-là.
Je pourrais dire que j’ai vraiment réalisé des polices par pratiquement tous les moyens, ça doit faire 50, 51 ans que j’y travaille.
Il est difficile de généraliser sur le type de parcours que les designers suivent.
On ne peut pas généraliser. Mais je pense que si les plus grands designers étaient assis dans ce fauteuil, ils voudraient commencer de la même façon.
Je commencerais probablement avec un h minuscule, ça me plairait, que ce soit un caractère avec ou sans serif. S’il s’agissait d’un serif il ressemblerait à ceci… on dit serif à cause de ces petits pieds sur la partie supérieure et inférieure du trait de cette lettre… lourds, légers, telle est la nature du serif. Il y a beaucoup de contraste épais / mince dans la forme de la lettre.
Touver les proportions de l’ensemble, la hauteur, le jambage du h, et la hauteur médiane de celui-ci, ensuite parce que le h est une lettre à bords droits. Je voudrais ensuite faire une lettre ronde comme un o sur ce côté. Je peux imaginer la façon dont le poids de la partie incurvée du o se rapporte à la droite du h, et déjà il y a une quantité énorme d’ADN, juste dans un couple de lettres comme ça. Puis je ferais sans doute quelque chose comme un p minuscule, parce que c’est une demi droite d’un côté et une courbe de l’autre, et il y a aussi une courbe descendante, qui est une autre dimension verticale que je serais intéressé à établir.
Ensuite, je baserais le reste de mon travail là-dessus.Si vous avez un h, vous avez un très grand nombre d’informations sur la partie inférieure des m, n et u. Si vous avez un p, vous avez un q, un b et un d, etc.
Et puis, dès que possible, je travaillerais sur l’obtention de mots ou quelque chose qui ressemblerait à des mots, parce que pour moi, l’expérience de la lecture permet de juger de l’efficacité de la police. Parce que c’est le test ultime qui permet de juger ses performances. Les plus belles choses qui me viennent à l’esprit, à propos de l’Helvetica, sont ces terminaisons horizontales, vous voyez dans la partie inférieure du a, du c, du e et du g. La structure entière est basée sur cette terminaison horizontale.
Il est très difficile pour un concepteur de regarder ces caractères et de dire, comment pourrais-je l’améliorer ? comment aurais-je fait autrement ? Ces caractères nous semblent parfaits.
Je suis content que personne ne m’ait demandé de redessiner l’Helvetica, parce que je ne saurais pas comment faire. C’est la police originale, avant qu’elle ne s’appelle Helvetica. EIle avait pour origine la Die Neue Haas Grotesk. Toute l’histoire sur la création de l’Helvetica n’est pas tout à fait clair, du moins pour moi.
On dit, et je pense que c’est vrai, que c’est Eduard Hoffmann, qui était le patron de la fonderie Haas, qui souhaitait faire une version modernisée de la Akzidenz Grottes, qui était une police traditionnelle allemande sans serif du XIXè, et sa méthode consistait, en quelque sorte, à la nettoyer. C’est bien sùr Max Miedinger qui a dessiné l’Helvetica.

Dans les années 60, 70, des gens que je connaissais m’ont dit que la participation d’Hoffmann dans le dessin de ce caractère, est bien plus importante que ne le laisserait supposer les écrits publiés sur Max Miedinger.

ALFRED HOFFMAN
Vous pouvez facilement dire que c’est une collaboration entre Miedinger et mon père.
Miedinger comme mon père, ne pouvaient la réaliser seuls. Mais lorsque les deux travaillaient ensemble, ils obtenaient d’excellents résultats. Voici les premiers essais de la Neue Haas Grotesk, qui était le premier nom de la police Helvetica. Je connaissais le fonctionnement
de la Haas et j’avais peu à peu compris l’importance d’Eduard Hoffman, sa timidité presque maladive, et la façon dont il se cachait derrière d’autres mains.
Mais il n’a jamais cessé de penser aux caractères et s’impliquait fortement dans leurs conceptions. Vous avez ici une note d’Eduard Hoffmann indiquant toutes les corrections souhaitées »La capitale Y est trop mince, la capitale A aussi ».
Quand vous parlez de la conception de Haas Neue Helvetica ou de la Grotesk, ce qui est primordial c’est la contre-forme (negative space), la relation fond / forme, les formes à l’intérieur et entre les caractères, le noir de la surface encrée.
Et les Suisses sont plus attentifs au fond, de sorte que l’interlignage et l’interlettrage tiennent la lettre. Je veux dire qu’il est impossible d’imaginer quelque chose bouger, c’est si compact, ce n’est pas une lettre qui s’est pliée à la forme c’est une lettre construite sur une puissante matrice de l’espace environnant, c’est génial quand c’est bien fait !
Mon père savait précisément l’aspect que devait avoir cette typographie. Alors, mon père et Miedinger assis tous les deux, ont commencé à dessiner. Ici vous avez la preuve d’un alphabet avec les observations de Max Miedinger. Lorsque Miedinger travaillait sur la Haas, il ne travaillait pas en tant que designer, il était en fait agent commercial.
Son travail consistait à voyager à travers la Suisse et à prendre des commandes de polices de caractères. De formation, c’était un graphiste, mais il s’est rendu compte qu’il gagnait plus d’argent en vendant des caractères de fonderie. Mon père disait : «Si j’ai une idée pour un nouveau caractère, je suis sùr que vous pourrez le concevoir».
J’ai dans ce livre, un spécimen des deux fonderies, Stempel et Haas.Vous devez savoir que la Haas a été contrôlée par la fonderie allemande Stempel. Et qu’à son tour, Stempel a également été contrôlée par la Linotype.
Maintenant, nous allons descendre à la cave et voir dans nos archives où l’on peut trouver l’Helvetica. Ici, nous avons le numéro 24, il contient les dessins de l’Helvetica. Le directeur marketing de Stempel a eu l’idée de lui donner un meilleur nom, parce ce que Neue Haas Grotesk ne sonnait pas très bien, pour être vendu aux États-Unis. Stempel suggera le nom d’Helvetia.
C’était très important car «Helvetia» signifie en latin : la Suisse. Mon père a dit que ce n’était pas possible, vous ne pouvez pas donner le nom d’un pays à une police.
Alors, il a proposé le nom Helvetica.
En d’autres termes ce serait donc des caractères Suisses, et ils ont accepté.
Je pense que Helvetica était le nom parfait à cette période.

HERMAN ZAPF
La typographie Suisse à cette époque était bien connue dans le monde entier, c’était donc la meilleure solution pour l’Helvetica, afin de s’implanter sur le marché. Dès que nous avons lancé l’Helvetica, ce fut exponentiel.
C’était exactement ce que les graphistes recherchaient, je ne pense pas qu’il y ait eu un tel engouement depuis sur l’excellent travail mené entre le fond et la forme. Et ce n’était qu’un début…

MICHAEL BIERUT
J’imagine qu’il fut un temps où c’était vraiment exaltant de prendre quelque chose qui était vieux, poussiéreux, bricolé et minable, et de le remplacer par l’Helvetica.
C’est comme si vous chassiez les impuretés sur de vieilles choses, pour en faire étinceler la beauté. Les identités graphiques des entreprises des années 60, étaient constituées à partir de tas de vieilles brochures loufoques des années 50 que les clients apportaient, c’était des typo maladroites sur de mauvaises photos. Il y avait certaines capitales en Widget Amalgamated associées maladroitement avec une typo manuscrite, il y avait une gravure montrant leur siège social à Paducah dans l’lowa, avec des cheminées crachant de la fumée.
Vous savez, quand vous traitiez l’identité d’une entreprise en 1965, 1966, ils prennaient ça, le posaient là et disaient : Voici votre papeterie actuelle : une typo Nuptial Script avec un visuel de cheminées imprimés sur papier ivoire ; he bien, au lieu de la Widget Amalgamated fondée 1857, ils avaient une feuille de papier blanche et lumineuse, sur laquelle était simplement écrit Widgco, en Helvetica moyen.
Pouvez-vous imaginer cette charge émotionnelle ? C’est comme si vous aviez rampé
à travers le désert, la bouche souillée de poussière sale et que quelqu’un vous offre une eau claire et fraiche, pour oublier toutes vos anciennes péripéties. Ca a dù être tout simplement fantastique, et vous savez que ça a été fantastique, parce que ça s’est reproduit plusieurs fois, encore et encore…
Voici ce dont je parlais, c’est le Life Magazine de 1953, d’une pub à l’autre, la pauvreté visuelle domine. Vous aviez des écritures manuscrites ridicules un peu partout, des typographies courbes pour signifier l’élégance, plein de points d’exclamation…
Des typographies cursives pour les invitations de mariage, ici on peut lire, «Presque tout le monde apprécie le meilleur.» C’était comme ça partout dans les années 50, c’est ce à quoi ressemblaient les années 50.

C’est après, que l’Helvetica devint populaire.

Les visuels de gens et de sourires ont laissé leur place à un beau verre de Coca glacé avec
un slogan en dessous : «C’est la vraie chose». Coke.

C’est tout.
En Helvetica, point.
Des questions ? Bien sùr que non.
Buvez Coca-Cola, point.
Simple !

LESLIE SAVAN
Les gouvernements et les entreprises aiment l’Helvetica, car d’une part elle les fait paraîtreneutre et efficace, mais aussi la douceur des lettres les fait paraître presque humain.
C’est une qualité qu’ils veulent tous avoir parce que bien sùr, ils ont l’image d’être toujours en lutte, qu’ils sont autoritaires qu’ils sont bureaucratiques, que vous êtes en perdition chez eux,
qu’ils sont oppressants. Ils font donc appelle à l’Helvetica, car paraître plus détaché, plus accessible, transparent et responsable sont les mots d’ordre pour ces sociétés et gouvernements d’aujourd’hui.
En réalité, ils ne sont pas plus accessibles que responsables ou transparents mais ils peuvent en donner l’impression. Nos formulaires fiscaux sont en Helvetica. L’agence de protection de l’environnement l’utilise aussi. Maintenant, les gens veulent paraître propres, officiels et efficaces. Les designers, et même les lecteurs, sont réceptifs aux caractères typo.
American Apparel utilise l’Helvetica et apparait effronté.
American Airlines l’utilise et apparait sobre.
Et ce n’est pas seulement une question de taille de caractères, d’espacements et de couleurs, quelque chose dans cette police vous invite à de libres interprétations.

JONATHAN HOEFLER & TOBIAS FRERES JONES
On peut dire qu’il y a des polices ouvertes à plusieurs interprétations et d’autres associées qu’à une seule chose. Une police fait avec des glaçons ou des bonbons ne dit une seule chose. Alors que l’Helvetica dit tout. Et c’est peut-être une partie de son attrait.
La typographie possède des termes trop restreints pour la décrire, au delà de la hauteur des bas de casse, des capitales, de la graisse, etc. Quand nous travaillons ensemble avec Tobias nous utilisons beaucoup de termes qualitatifs qui sont tout à fait subjectifs.
Quand nous travaillions pour Esquire, il y a quelques années, je me rappelle que nous disions «elle a la qualité de la fusée Saturn 5 de la NASA», ou «qu’elle a besoin d’avoir ce plastique orange des machines à écrire Olivetti», ou «qu’elle doit sentir l’expresso de vacances à Rome», n’est-ce pas ? – Tout à fait –
Mais c’est qu’il n’y a vraiment aucun moyen de décrire les parties qualitatives d’une police de caractères sans recourir à des sensations venant de l’extérieur. Et nous sommes constamment en train de nous dire «c’est du Erik Satie», «nous avons besoin de plus de Debussy» «Ou c’est plutôt des bretelles ou une ceinture ?» «nous avons besoin que ce soit plus élégant, du genre fait main»…
Je collectionne ces signes depuis plusieurs années maintenant, et un de mes favoris sont ces signes là. J’en ai un certain nombre. C’est ce à quoi ressemblaient les anciennes plaques des rues de New York. Cela fonctionne en fait beaucoup plus clairement,que ce que nous pouvons voir actuellement dans la rue. La ligne graphique moderne veut que le lecteur n’est pas conscience de la typographie employée afin qu’il n’y prête pas attention.
Ce doit être comme un support transparent, qui sert juste à conserver, à afficher et à organiser les informations. Mais ce n’est pas aussi simple, je pense que même s’ils ne sont pas conscients de la police de caractères qu’ils lisent, ils y sont sensibles. De la même manière qu’un mauvais acteur, aura une incidence sur le film que vous regardez, même si vous comprenez l’histoire, ça affectera votre perception du film.
Je pense que pour la typo, c’est la même chose un graphiste qui choisi une typo, à la même importante qu’un directeur de casting. Il y a trés peu de typo, en dehors de mon travail. Comme tout le monde je connais les polices utilisées dans mon entourage. Vous connaissez la blague qui dit qu’un typographe ne peut pas voir de films historiques car les typos sont souvent anachroniques, et bien, en fait elle est vraie. Nous appréhendons le monde extérieur d’une façon vraiment différente.
Ma fiancée essayait de se rappeler l’endroit d’un restaurant dans notre voisinage, elle se rappelait de la nouveauté du lieu, c’était juste à deux pâtés de maison, à côté du teinturier.
Ce dont je me rappelais de cet endroit, juste à côté c’était le mauvais espacement entre les lettres. Personne ne savait ce qu’était l’Helvetica, au début de nos carriéres, avant que tout le monde ait un PC ou un Mac, personne ne savait ce qu’était une police. Aujourd’hui, je pense que les gens connaissent l’Helvetica, car elle a été si largement distribuée, et mis à disposition sur tellement d’appareils technologiques qu’elle est devenue l’essence du caractère incontournable. Et même pour nous, professionnels, c’est difficile d’y échapper.
J’ai parfois du mal à accepter cette idée, que l’évolution sur un siécle de la Sans Serif trouve son expression ultime dans l’Helvetica, car nous savons que ce n’est pas tout à fait vrai historiquement, esthétiquement, politiquement ou culturellement. Mais il y a quelque chose qui donne le sentiment d’une certaine finalité en elle, comme la conclusion d’un raisonnement. Et peut-être que tout le reste est secondaire aprés ça…

ERIK SPIEKERMAN
Je suis évidemment un typomaniac incurable, mais ce n’est pas une maladie mortelle.
Je ne peux pas l’expliquer, j’adore, j’aime juste regarder la typo, j’en suis fou, ce sont mes amis. Certains sont accros aux vins ou aux filles, moi, je suis accro aux caractères typographiques.
C’est un peu inquiétant, je dois l’avouer, ça semble totalement stupide.
Mais je suis un passionné des lettres. La typo est en quelque sorte un prolongement de moi-même, elle rend mes mots visibles. Un bon caractère à besoin de rythmes, de contrastes, il vient de l’écriture manuscrite. C’est pourquoi je peux lire votre écriture, et vous pouvez lire la mienne. Et je suis sûr que notre écriture est à mille lieues de l’Helvetica ou tout ce qui pourrait être considéré comme lisibles.
Mais nous pouvons le lire parce qu’elle a un rythme, un contraste. L’Helvetica n’a rien de tout ça. Alors pourquoi est-elle si populaire depuis 50 ans? Je ne sais pas. Le mauvais goût est-il omniprésent? Non, l’Helvetica est toujours une bonne typographie, elle répond parfaitement à un besoin, mais maintenant, elle est devenue un paramétre par défaut, en partie à cause de la prolifération depuis 20 ans, des ordinateurs, je veux dire des PC.
C’était la valeur par défaut sur le Macintosh d’Apple, puis sur Windows qui copie tout ce que Apple fait, comme vous le savez. L’interface et tout le reste, puis ils ont fait la version clone: l’Arial, qui est pire que l’Helvetica, mais qui remplit la même fonction, je pense. Maintenant on ne pourra plus s’en passer parce que c’est partout, c’est une valeur par défaut.
Vous n’avez plus le choix, elle est comme l’air. Si vous voulez respirer, vous devez utiliser l’Helvetica. Elle donne un style, chaque typo fait ça, elle a une certaine…
Eh bien, c’est comme une personne, si vous avez légérement du ventre vous n’allez pas sortir avec un tee-shirt moulant, vous aurez l’air d’un idiot et l’Helvetica est ventrue, elle a besoin d’espace autour d’elle, et de beaucoup d’espace blanc. Il faut trés soigneusement l’examiner pour régler sa graisse elle a besoin de beaucoup d’espace sur les côtés aussi. Comme ça, elle est trés lisible, c’est trés méticuleusement que les typographes le font, car c’est un véritable cauchemar.
Je ne vous dirais pas ça, si je n’avais pas essayé ; parce que toutes les lettres répondent à une idéologie Suisse, le gars qui les a dessinées, a essayé de les faire toutes identiques.
Bonjour??? Vous savez, c’est comme ce qu’on vous apprend à l’armée, à avoir la même chose sous le casque, en oubliant tout individualisme. Pourtant le but du typographe a toujours été de restituer une personnalité, pour que ce soit intéressant. Mais bien sûr, 95 % de tout l’alphabet doit ressembler à l’autre alphabet, sinon vous ne seriez pas en mesure de le lire.
Je n’ai jamais bondi du lit au réveil pour dessiner une typo, comme certaines personnes qui se disent, «c’est le moment, je dois le faire», et se jettent avec leurs pinceaux sur le chevalet, je ne suis pas dans l’urgence. Vous savez habituellement quand je me lève, j’ai plutôt envie de me recoucher…
Tout le monde met de son histoire personnelle dans son travail, je sais que lorsque je dessine quelque chose, je suis rapide, je suis fort, je suis chaotique.
Je ne me base pas vraiment sur des régles, même si en tant qu’allemand j’adore ça.
Je suis Gémeaux, j’ai eu mon anniversaire hier, je suis un peu dispersé, je suis ponctuel mais d’une année à l’autre, j’ai ces horribles pensées qui viennent perturber mon travail, mes lettres ne sont jamais parfaites, elles ont toujours un bord trop fin et j’ai le sentiment de les perdre de
vue dés qu’elles m’ennuient. Je sais qu’il y a des gens qui me détestent et qui n’utiliseront jamais mes polices et vice et versa, des gens qui ont recours à toutes mes polices, non pas parce qu’elles sont belles ou répondent à leurs besoins, mais simplement parce que je les ai faites.
Je pense que nous le faisons tous, j’achéte toujours le CD de certains groupes, certains d’entre-eux sont mauvais. Mais je les achéte quand même, car je l’ai toujours fait,
Pourquoi les gens achétent certaines choses? Parce que la marque déteint sur eux. et les caractères sont une marque. Vous dites à un public «ceci est pour vous», en utilisant un certain choix typographique. Vous reconnaîtriez la marque Marlboro à deux kilométres, car ils utilisent une police qu’eux seuls emploient. Vous pouvez l’acheter, je l’ai, n’importe qui peut, c’est la Neo Contact. Tout le monde peut l’acheter, mais Marlboro n’a pas utilisé n’importe quelle typo, c’est la sienne. Vous pouvez reconnaître toutes les pubs de Marlboro à des kilométres, à cause de cette stupide typo. S’ils avaient utiulisé l’Helvetica… Bonjour ! ça ne marcherait pas.

NEVILLE BRODY
La façon dont une chose est présentée définira, la façon dont vous réagirez. Ainsi, vous pouvez prendre le même message et le présenter dans 3 polices différentes, et la réponse à ça, la réponse émotionnelle immédiate sera différente.

RICK POYNOR
Dans la communication, le choix de la police est sa premiére arme et je dis «arme» parce qu’en marketing commercial et en publicité, la façon dont un message est habillé va définir notre réaction à ce message. Si par exemple, une publicité pour les jeans est écrite avec une police grunge, vous vous attendrez à voir des jeans déchirés, ou destinés à être vendu dans le sous-sol d’un magasin. Et si vous voyez ce même message en Helvetica, vous saurez que c’est probablement une pub pour Gap. Vous saurez que ça se passera bien, qu’il vous ira et que vous serez dans le coup. Chacun de nous est invité par des moyens subliminaux. C’est ce sentiment que vous avez, quand vous regardez une typo sur un emballage, vous la trouvez agréable, et vous avez le sentiment que c’est votre genre de produit.
En fait, c’est le secret d’un bon casting. D’une certaine manière, l’Helvetica est un club, c’est une marque communautaire. C’est un badge indiquant que nous faisons partie de la société actuelle, que nous partageons les mêmes idéaux.

NEVILLE BRODY
Elle est bien arrondie, elle n’est pas dangereuse. L’Helvetica a trouvé un équilibre parfait dans le développement de ses lettres, et ce parfait équilibre nous est renvoyé.

LESLIE SAVAN
Il nous dit, ne vous inquiétez pas pour vos problémes ou ceux des autres, pour vos difficultés à attrapper le métro ou à trouver une salle de bains, tous ces problémes n’arriveront pas, et peut-être même qu’ils n’existent pas.

LARS MULLER
Ce que j’aime dans cette police si sérieuse, c’est qu’elle nous indique quoi faire dans le milieu urbain. Vous devez suivre l’Helvetica.
L’image de l’Helvetica donne l’aspect d’une entreprise de typo faite pour le soi-disant capitalisme. Mais je réfute cette idée, pour moi, c’est la typographie du socialisme, car elle est disponible partout, elle invite à la dilettante, propose aux amateurs de faire de la typographie, pour créer leur propre définition de la typo.

Et je pense que j’aurais raison d’appeler l’Helvetica : le parfum de la ville. C’est juste quelque chose que nous ne remarquons pas souvent, mais qui nous manquerait beaucoup, si elle n’était pas là. Je pense que c’est tout à fait étonnant qu’un caractère atteigne un tel statut dans nos vies.

RICK POYNOR
Comme c’est toujours le cas, avec n’importe quelle tendance, elle suivra une courbe de décroissance. Plus vous la voyez, plus le public la verra, plus le concepteur utilisera cette solution typographique, et plus elle vous paraitra familiére, prévisible et finalement, sans intérêt.

MICHAEL BIERUT
Au moment o˘ j’ai commencé ma carriére dans cette ville, il semblait n’y avoir aucune autre solution, que d’utiliser l’Helvetica. Vous connaissez, RSH : Rien Sauf l’Helvetica. Et vous n’avez pas besoin de beaucoup de typo Sans Serif, mais l’Helvetica était tant utilisée, qu’elle semblait galvaudée, elle était associée à un si grand nombre de choses différentes, qu’elle avait, à mes yeux, perdu toutes ses capacités, même celle d’être belle.

RICK POYNOR
Dans les années 70, aux États-Unis en particulier, nous avons commencé à nous y opposer. Les designers se sont opposés au conformisme de toutes ces couvertures identiques qui imposait sa vision du monde. Quelque chose devait nous sortir de cet idéalisme, la routine s’était installée, et nous avions besoin de changements.

PAULA SCHER
Vous pénétrez dans le design, et rentrez dans l’histoire, sans même le savoir, et souvent vous ne savez pas quand et comment c’est arrivé, et vous ne savez pas comment cela se passera plus tard. Quand je suis entré dans le design comme étudiante à la Tyler School of Art, j’ai été frappée par la séparation qui existait entre deux conceptions de culture. L’une était la culture d’entreprise, c’était le langage visuelle des grandes entreprises, qui à l’époque étaient convaincues par l’Helvetica. Elles se ressemblaient toutes, c’était fascisant pour moi, elles étaient propres, ça me rappelait le nettoyage de ma chambre.
J’avais l’impression d’une conspiration de ma mére, pour me faire nettoyer la maison, et mon esprit d’adolescente rebelle remontait à la surface sous la forme de l’Helvetica que je voulais renverser. Quelques images me sont revenues la nuit derniére, j’étais moralement opposée à l’Helvetica parce que toutes les grosses entreprises étaient recouvertes d’Helvetica pour sponsoriser la guerre du Vietnam. Donc si vous utilisiez l’Helvetica, c’est que vous étiez en faveur de cette guerre. Alors, comment pouvais-je l’utiliser ?
Ce qui me plaisait à ce moment-là, c’étaient les pochettes de disques, le papier roulé Zig-Zag, tout l’attirail du drogué et de la contre-culture, les journaux underground, le Pushpin Studios. Pushpin Studios était au top, quand j’étais encore au collége, l’ambition de tout le monde était d’y travailler, de s’en inspirer, parce que ça semblait frais, vivant, plein d’esprit, bien que trés chargé visuellement, mis à part les trés bons dessins de Seymour Chwast et de Milton Glazer.
Je voulais faire ça!
Quand j’étais à Tyler, je voulais être illustratrice, et j’ai eu un professeur du nom de Stanislaw Zagorski. Et je ne savais pas comment faire les typographies de mes créations. Nous voulions faire des couvertures de livres et de disques pour des projets scolaires, je suis allée à la boutique d’art local à Sam Flax, et j’ai acheté des lettres transferts en Helvetica, et je les ai frottées dans le coin de l’album afin qu’elles soient alignées à gauche. Et bien sûr, ça n’était jamais aligné correctement et tout était raté, ça été terrible. Et Zagorski m’a dit de laisser tomber la typo imprimée, et à la place, de l’illustrer. Et je n’avais jamais remarqué que la typographie pouvait avoir une personnalité, le dessin avait tracé ma route. J’ai réalisé qu’une typo avait un esprit et transmettait une humeur, et qu’elle pouvait être son propre médium, possédant sa propre palette, une large palette permettant d’exprimer toutes sortes de choses.
J’ai donc peint cette couverture de la AIGA Annual, et le titre de la AIGA Annual était «Conception graphique U.S.A.» Et j’ai décidé de prendre le titre littéralement comme une sorte d’analyse de ce qu’était le «Design Graphique américain», alors j’ai décidé de faire la liste de chaque État américain, et le pourcentage de personnes qui utilisait l’Helvetica.
Et je n’avais pas de preuve scientifique de de ce pourcentage de personnes. J’ai donc décidé de me baser sur la derniére élection présidentielle de Reagan et les états qui votaient pour Reagan, avaient tous plus de 50% de gens qui utilisait l’Helvetica. Si l’Helvetica était la typo en faveur de cette guerre, quel serait la typo de la guerre?

La guerre en Irak ? L’Helvetica.
C’est le même genre de période, l’histoire se répéte. C’est pourquoi nous sommes là. L’Helvetica en est responsable.

RICK POYNOR
Et si dans la période post-moderne, les concepteurs cassaient les choses, ils voulaient sortir de l’ordre, propre et établi du design, de cette pollution horrible, comme on l’a vu, pour produire quelque chose de vigoureux et dynamique.

STEFAN SAGMEISTER
J’étais moi-même assez déçu, par le Modernisme en général. C’était devenu ennuyeux, tout simplement. Si je vois une brochure maintenant, avec beaucoup d’espace blanc, genre six lignes d’Helvetica sur le haut et un petit logo abstrait sur le fond, et une image d’un homme d’affaires marchant quelque part, je comprends la communication globale comme : Ne me lisez pas, parce que je suis emmerdant, non seulement visuellement, mais également au niveau du contenu, parce que le contenu et le visuel diront probablement la même chose.
Quand j’avais 15, 16, 17 ans, j’étais dans des groupes rock horribles, et je pense que c’est cette expérience qui m’a rapproché des couvertures d’album, c’est elle qui m’a conduit à l’école d’art.
Je fais partie de la derniére génération à qui on a enseigné à tout faire à la main, on dessinait au pinceau la typo en corps de 10pt. En général, ça m’a toujours ennuyé, de regarder les livres de typo, pour chercher, encore et encore, laquelle choisir en fonction d’un projet, ça ne me semblait pas trés intéressant à faire. Donc, petit à petit, pour les pochettes de CD, nous avons commencé à faire nos propres typographies, et je pense que le déclic s’est passé avec la couverture pour Lou Reed, où la typographie manuelle rentrait en résonnance avec l’album, et de nombreux projets sont sortis dans cette veine, dans toutes sortes de directions. Dans une direction plus drôle et dans une direction plus sombre, comme une fois, où nous avons gravé une typographie sur ma peau pour un poster. Une typo instantanée, en une image, qui raconte l’histoire de sa fabrication, vous informe sur son processus, d’une façon trés élégante, d’une manière trés rapide.
Cette typographie devint étrangement trés connue, chez les graphistes, et certains pensaient que nous ne faisions que ça, ce qui n’est heureusement pas le cas. J’ai toujours trouvé que les gens utilisant seulement 3 ou 4 typos, étaient trés suspects. Je pense que ça serait intéressant d’envisager un projet, comme un exercice, pour déterminer de nouvelles limites à transgresser, comme une stratégie évolutive.
Un écrivain qui dirait : «Je vais seulement écrire avec 3 ou 4 mots». Oui, vous pouvez probablement le faire, mais pourquoi le feriez vous ? et serait-ce suffisant, pour restituer le travail de toute une vie ?

RICK POYNOR
Les concepteurs ont voulu exprimer leur subjectivité, leurs propres sentiments sur le monde, car ils avaient quelque chose à dire, au travers des choix qu’ils ont fait. Et bien sùr, cela a suscité une controverse. Si vous prenez Massimo Vignelli, qui était la plus importante figure des années 60, avec son agence Unimark, rien que dans ce nom «Unimark», apparait l’idée d’uniformisme. Quand il regardait les nouvelles créations, qui étaient expressives, subjectives et capricieuses, elles lui semblaient totalement irrationnelles vis à vis de sa propre conception du graphisme il avait l’impression que ces barbares n’étaient pas seulement proches des portes de la ville, mais qu’ils étaient déjà entrés et avaient tout pris en leur possession.

MASSIMO VIGNELLI
Dans les années 70, la jeune génération était sur les polices psychédéliques, et tous les rebus que vous pourriez trouver. Ce fut la même chose avec les années 80, leur esprit était complétement confus par cette maladie… appelée «le postmodernisme», les gens tournaient autour comme des poulets sans têtes, en utilisant toutes sortes de caractères qui monopilisaient le pouvoir sur ceux jugés «non modernes».
Ils ne savaient pas dire pourquoi, ils savaient seulement qu’ils étaient contre. Ils étaient contre l’Helvetica. Je n’avais aucune formation réelle dans ce domaine, dans mon cas, je n’ai jamais appris toutes les choses que j’ai envisagées, je tenais compte seulement de ce qui faisait sens pour moi. J’expérimentais tout simplement.

DAVID CARSON
Quans les gens ont commencé à en avoir assez, je n’ai pas compris pourquoi, Je disais: «Quel est le probléme ? De quoi parlez-vous ?» Et c’est beaucoup plus tard que quelqu’un m’a expliqué, probablement mieux que je l’explique aujourd’hui, au départ, il y avait ce groupe qui avait passé beaucoup de temps à organiser les choses, pour obtenir une sorte de systéme viable,
et il me voyait comme celui qui arrive en jetant tout par la fenêtre. Ca aurait pu être le cas, mais ce n’ était pas ce que je voulais, il n’y avait pas de plan, et ce n’est que bien plus tard, que j’ai appris le terme Modernisme.
Le magazine Raygun a été trés expérimental, à chaque parution nous essayions plein de choses, beaucoup d’entre-elles marchaient, et beaucoup d’entre-elles ne marchaient pas, nous ne faisions pas de tests d’impression, et c’était bourré d’erreurs, sur lesquelles les gens ont écrit de longues dissertations. Pourquoi ce caractère noir sur un pied noir ?…
Non, je n’ai jamais vu d’épreuve, de quoi parlez-vous ? Il est trés difficile de faire un travail de façon subjective, et de bien l’interpréter. Vous savez, je suis incapable d’enseigner à quelqu’un comment concevoir une carte de visite raisonnable ou un courrier. Mais si cette même personne me fait écouter sa musique, je peux la laisser l’interpréter pour une couverture de CD,
9 fois sur 10 les propositions seront mauvaises, car trop ringardes ou attendues, mais une des propositions sera fantastique car la musique lui aura parlé et l’aura dirigé dans une direction que personne d’autre n’avait envisagée. Et c’est cette zone qui m’intéresse, m’excite, m’ émeut. Et c’est de là que le meilleur travail vient.
Il s’agit d’un article sur le chanteur Bryan Ferry, et quand je l’ai lu, il ressemblait à beaucoup d’autres, et je me suis dit, oh mince, comme c’est décevant et ennuyeux, Et j’ai essayé toutes mes polices, des centaines et des centaines, et rien ne se produisait, je ne trouvais pas la police représentative de mon dégoût et de mon ennui pour cet article.
Et puis au final, il ne restait plus que la Symbole, et ce fut littéralement la derniére que je choisis : la Zapf Dingbats. C’était tellement ennuyeux qu’il ne méritait pas d’être lu.
Pourquoi ne pas le faire en Zapf Dingbats ?

C’est une police. Elle appartient à la famille des Symboles, il suffira de mettre en surbrillance une Helvetica ou quelque chose d’autre pour pouvoir le lire, mais ça n’est vraiment pas la peine, c’est vraiment mal écrit. Ne confondez pas la lisibilité avec la communication. car quelque chose de lisible, ne veut pas dire qu’il communique. Et plus important encore, ne signifie pas qu’il communique le bon message. Et vice-versa, ce qui peut être difficile à lire d’abord, peut envoyer un message différent, qui sera compris, si le lecteur dispose d’un peu plus de temps et d’attention.
Mais il semble plus efficace de le faire dans l’autre sens, car si c’est un message trés important et qu’il est ennuyeux et peu clair, il sera perdu. S’il ne dit pas «caféine» ! C’est comme… Bonjour ? Pourquoi pas ? Il est juste posé là! Il n’y a rien contenant de la caféine à ce sujet ! Il n’y a rien «d’extra-conjugale» à ce sujet. Il n’y a pas de «soleil» ici. C’est pas drôle, ce n’est pas divertissant. Où est l’explosion ? Cela pourrait être la premiére date. Cela pourrait être fermé, ces bus sont un peu ennuyeux.

Il y a une ligne trés fine entre la simplicité la clareté et la puissance, et la simplicité, la clarté et l’ennui.

MICHAEL BIERUT
Ce fut le début de ce qui s’est appelé la typographie grunge, elle a envahi le marché pendant 2, 3, 4, 5 ans. Issue de l’enseignement, cette tendance à valoriser les erreurs, à changer le regard sur certaines incompétences d’hier, jugées recevables aujourd’hui.

RICK POYNOR
A la fin de cette période, la typographie était tellement torturée, complétement contorsionnée, sans régles, sans recherches apparentes, qu’à la fin des années 90, tous les designers faisaient marche arriére pour revenir au mode précédent de conception, en s’appuyant sur de nouvelles théories.

EXPERIMENTAL JETSET
Pour nous, le modernisme doit avoir un côté plus subversif. Je pense que toute l’image de la modernité s’est principalement concentrée au début sur le fonctionnalisme. Alors que l’utilitarisme, n’a émergé que beaucoup plus tard, il fait partie du modernisme tardif.
Je pense que les mouvements modernistes du début, comme le Dadaïsme, le Futurisme et le Surréalisme étaient tous plus subversifs, ils avaient une dialectique qui s’opposait à quelque chose,. Nous ne sommes pas opposés aux travaux de gens comme David Carson, Emigre, Fuse ou Neville Brody.
Nous pensons être dans une sorte de prolongement. A chaque fois, découvrir une nouvelle police, demandait beaucoup d’énergie. Je me souviens encore qu’étudiants, nous étions vraiment déçus quand on voulait utiliser une police et qu’un autre l’avait utilisé avant soi, on ne pouvait plus l’utiliser, parce qu’on voulait être original. On ne pouvait plus l’utiliser, parce qu’on voulait être original. Alors qu’avec l’Helvetica, il n’y avait plus de probléme, puisque tout le monde l’utilisait. Beaucoup de gens pensent que la jeune génération utilise une police comme l’Helvetica de façon superficielle, pour s’approprier un style. Mais je pense que c’est faux.
Nous avons grandi tous les trois aux Pays-Bas dans les années 70, qui ont été dominés jusqu’au bout par le Modernisme tardif. Par exemple, Rotterdam où je suis né et où j’ai grandi,
avait un logo conçu par Wim Crouwel, des timbres conçus par Crouwel, des annuaires conçus par Crouwel, l’atlas, que j’ai utilisé à l’école, était conçu par Crouwel.

Donc, pour nous, il est presque comme une langue maternelle, c’est quelque chose de vraiment naturel. Beaucoup de gens pensent que vous tirez ça de livres que vous avez recopiés, mais en vérité, c’est vraiment inscrit dans notre chair. C’est drôle aussi, parce que beaucoup de gens associe l’Helvetica avec les dangers de la globalisation et de la standardisation. Je n’ai pas du tout peur de cette qualité, parce que je sais que tout le monde peut faire des variations.
Je pense que vous pouvez mettre autant de nationalité sur l’espace d’un caractère que sur la police elle-même. Je pense que la façon dont des gens comme Crouwel utilise l’Helvetica est typiquement hollandaise, et c’est pourquoi je ne suis jamais vraiment préoccupé avec l’argument qui présente l’Helvetica comme un monstre d’uniformisme.

DESIGNER REPUBLIC
Je ne suis pas un véritable typographe, Je ne connais pas tout le vocabulaire technique, comme les ligatures et les ascendentes et tout ce genre de choses.
Je me positionne plus en réaction à certaines choses, et je fais ce que je ressens. Je ne suis pas un typographe classique. Je suis obsédé par certaines choses, j’en collectionne, je m’inspire de morceaux de papiers, d’emballages trouvés dans la rue, c’est comme réussir à faire du beau avec des choses trés ordinaires.
C’est ce que j’aime vraiment, ce sont ces choses ordinaires que la plupart des gens passe sous silence. La chose la plus importante pour moi, en terme de conception est d’obtenir une sorte de réaction émotionnelle. C’est la chose la plus importante, je pense. Je vois des choses et si je me dis : «j’aurais aimé l’avoir fait», pour moi c’est le plus grand compliment, comme si vous obteniez ce «Oooh!, c’est sympa!» Tout est basé sur une réponse émotionnelle.
Une chose que j’ai toujours vraiment voulu concevoir, c’est une signalisation ou un logo pour un aéroport. J’aimerais faire les uniformes, les siéges et le reste… Les camions et tout ce genre de choses. Ce serait fantastique. Parce que je fais des couvertures de 30cm depuis si longtemps, que j’aimerais travailler à plus grande échelle aujourd’hui. Il y a cette idée que quelque chose est conçu pour résister à l’épreuve du temps, et j’espére que certaines de mes réalisations
seront encore utilisées dans 20 ou 30 ans. J’aime à le penser.
Je me suis marié il y a trois ans. j’ai fait les invitations, et croyez-moi, c’est le pire emploi que vous pouvez proposer à un graphiste. J’ai fait des invitations de mariage pour d’autres et je ne pourrais plus en faire. C’est le travail le plus stressant que j’ai jamais eu, traiter avec la belle-famille est horrible. Mais j’ai fait les nôtres, et pour l’anectdote, j’avais écrit un petit remerciement à Max Miedinger pour l’Helvetica, Mais ma femme a mis son veto et j’ai dû l’enlever des cartons. Mais c’était drôle…
Je pense que je suis tombé dans l’Helvetica lorsque j’étais DA. J’ai toujours beaucoup de plaisir à utiliser l’Helvetica. Quand certains disent utiliser différentes polices pour varirer les sensations, moi, je préfére relever le défi, et faire parler l’Helvetica differemment suivant les besoins. Elle doit avoir dans les 50 ans, et elle est toujours aussi fraîche… évidemment, elle n’a pas été conçue pour être à la mode, mais elle est une superbe.

NORM
Eh bien, nous sommes moins obsédés par l’Helvetica que nous avons pù l’être.
Oui, elle nous a vraiment obsédés, mais pas tellement plus. Nous l’avons accepté en quelque sorte … Nous aimons les contraintes. On ne peut pas travailler, on ne peut rien faire sans contraintes. Plus il y a de contraintes, plus nous sommes heureux.
A l’école, nos influences graphiques étaient Brody et Carson. C’est aprés, que nous avons vu le travail de Josef et la typographie suisse des années 60. Quand nous avons monté notre agence,
nous avons réexaminé le passé, pour découvrir un design plus structuré. Pour nous, il est trés important de réduire les éléments que nous utilisons. Pour un projet, le plus souvent, nous n’utilisons qu’une police ou deux, et si possible, en une seule taille.
Nous n’aimons pas les polices de caractères humanistes par exemple, elle doit être plus rationnelle, pour ne pas être trop expressive. Nous pensons que l’Helvetica contient en quelque sorte un programme de conception. Elle vous méne à un certain vocabulaire, et c’est aussi l’un des secrets de son succés, tout est déjà en elle, elle a un certain style, une certaine esthétique que vous avez simplement à utiliser comme ça, parce qu’elle l’a décidé de cette façon, vous ne ferez que ce que la police de caractères vous dicte.
Si vous êtes un mauvais designer, ou un néophyte, il suffira d’utiliser l’Helvetica Bold dans le même corps, pour un flyer par exemple… et ça sera bon. Il semblerait alors qu’en terme de mode, dans la conception graphique, nous soyons arrivés à la fin de l’histoire.

MICHAEL BIERUT
La pendule qui se balance d’avant en arriére n’a pas d’autres directions pour avancer. La derniére tendance serait simplement la distribution démocratique des moyens de production à qui le veut ou à toute personne qui peut se le permettre.

STEFAN SEIGMASTER
Vous pouvez avoir un studio de musique pour quelques milliers de dollars, vous pouvez avoir un studio de cinéma pour dix mille dollars, et vous pouvez être designer avec un ou deux mille dollars, et avoir quasiment des moyens semblables à ceux des professionnels.

ERIK SPIEKERMANN
Quand tous ces gens ont les moyens de faire une bonne conception graphique, ils se rendent compte que ce n’est pas aussi simple que ça, il ne s’agit pas seulement d’ouvrir un modéle dans Corel Draw ou Powerpoint.

DAVID CARSON
Il ne s’agit pas d’avoir la derniére version de n’importe quel logiciel, si vous n’avez pas l’oeil, si vous n’avez pas un sens du design,le programme ne va pas vous le donner.

PAULA SCHER
Je me souviens, il y a longtemps, un de mes amis qui faisait des publicités pour la radio, faisait passer une audition à cinq gars dans le couloir de CBS Records. Ils chantaient le début de «Round Round Get Around, I Get Around» des Beach Boys. Et ils avaient travaillé, ils avaient répété pendant une semaine pour obtenir l’harmonie parfaite, et c’étaient les meilleurs chanteurs qui travaillaient à cet étage, et ils aimaient la musique, et lorsqu’ils se mirent à chanter, tout était totalement plat et sonnait horriblement …
Pourtant ils avaient répété. Et puis la voix off de la publicité disait: «Maintenant, vous saurez apprécier les Beach Boys». Et c’est vraiment la même chose. Plus on s’approche de lui, plus on le voit, et plus on l’apprécie quand c’est réussi.
Il y a aujourd’hui plus de bons et jeunes designers, entre 20 et 30 ans, qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire. Alors, qui sait quelle police, ils dessineront, de quel style, etc. Mais ils seront bons. Pour moi, ils ont un avantage énorme grâce à la démocratisation des nouvelles technologies.

MICHAEL BIERUT
Au sujet de l’Helvetica, des gens continueront de dire qu’ils vont l’améliorer mais ce ne sera jamais une bonne idée. Je me demande s’il existe une science inconnue de la typographie qui expliquerait que ce n’est pas seulement par habitude visuelle, ou par association à toutes sortes de choses, que nous la considérons comme faisant autorité, mais plutôt que ça réside dans son inhérente justesse. Vous savez, la justesse de la rencontre entre les minuscules et la courbe, la justesse de la ligne du G avec ce qui descend, la justesse du tracé du c qui est comme ça, au lieu de ça, je n’aurais pas cru que ces choses pourraient effectivement être justes ou fausses.

Et pourtant, depuis prés de 50 ans d’histoire de l’Helvetica, ça reste toujours un défi pour l’améliorer.

WIM CROUWEL
Tout change tout le temps, le temps est changeant, ’appréciation des polices de caractères
change beaucoup. Pourquoi reprendre une police créée pour un travail spécifique des années 50, pour un autre travail de sens différent ? Vous êtes toujours des enfants de votre temps, et vous ne pouvez pas sortir de cela. Nous avons maintenant une société dans laquelle l’idée même de la communication visuelle et de la conception graphique, est acceptée par beaucoup plus de gens.

Ils la veulent. Ils la comprennent. ils commencent à voir la communication graphique comme une expression de leur propre identité.

RICK POYNOR
Et le cas représentatif de ça, c’est la vie sociale en réseau tels que MySpace, où vous pouvez personnaliser votre profil. Vous pouvez changer le fond, vous pouvez y mettre vos photos, vous pouvez changer la police pour celle que vous voulez, et ces choix, ces décisions vous appartiennent, et deviennent l’expression de qui vous êtes. Vous commencez à vous en soucier comme vous vous souciez des vêtements que vous portez, ou de votre coupe de cheveux ou autre chose, ou comment vous décorez votre appartement… Par ce mode d’expression, nous acceptons l’idée d’identité, à travers ces choix de consommation.
Aujourd’hui, ça se passe dans le domaine de la communication visuelle et il n’y a aucune raison que ces outils ne deviennent pas de plus en plus sophistiqués, pourquoi cela ne continuerait-il pas à se développer, encore et encore.