Le livre moche à la française – Olivier Bessard-Banquy

Cet extrait de chapitre Le livre moche à la française est tiré de l’ouvrage L’esthétique du livre

« Alors que les plus grands auteurs des temps passés ont été de véritables ‹ bibliomanes ›, alors que certains comme Malraux sont allés jusqu’à faire commerce de beaux livres, les éditions courantes des nouveautés littéraires en France ont la plupart du temps été l’objet du plus grand dédain formel, graphique, technique, esthétique, des éditeurs. Seule échappe à ce pitoyable constat la bibliophilie qui a bénéficié des plus grands soins comme pour rappeler que les professionnels sont tout à fait capables à l’occasion de réaliser des livres soignés ou parfaits. Mais dans l’esprit des éditeurs, justement, l’existence des tirages de tête les a dédouanés d’accorder trop de soin à la réalisation des éditions courantes. Mieux : elle les en a découragés. ‹ Si le lecteur est attaché à l’objet-livre, qu’il achète donc l’édition de luxe ›, ont pensé les plus grands éditeurs de Michel Lévy à Bernard Grasset. Et si l’on se promène aujourd’hui le long des quais de Seine, que l’on achète un vieux Malraux publié à la NRF, un Radiguet poussé par la maison Grasset, un Céline porté par Denoël et Steele – on peut multiplier ainsi les exemples –, on est saisi par le peu de soin avec lequel ces volumes ont été produits. La composition est trop dense, les caractères de labeur choisis sont sans noblesse, le volume est mal imprimé sur un mauvais papier. En comparaison les livres de langue française imprimés à l’étranger sont pour ainsi dire systématiquement plus beaux que les volumes hexagonaux. Voyez les livres d’Hachette imprimés à l’étranger pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment La Condition humaine de Malraux imprimé en Argentine, voyez encore les volumes du Cercle du livre de France, réalisés au Québec, en coédition avec les éditeurs littéraires français de l’après-guerre – et l’on ne parle pas des titres de littérature estampillés Skira ou Mermod en Suisse qui sont l’incarnation du bon goût typographique… » (Olivier Bessard-Banquy cit. books.openedition.org)

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