Ettore Sottsass

Photographie du portrait : Ettore Sottsass, 1970 circa.
© Ettore Sottsass e/and Barbara Radice. Courtesy Archivio Ettore Sottsass.
« Le design des années 80 qui assemble les matières, ose les couleurs, les formes déconstruites, frôle, diront certains, le mauvais goût, le kitsch, ce design-là a peut-être un père qui s’appelle Ettore Sottsass (1917-2007). Fondateur du groupe Memphis en 1981, celui qu’on a surnommé le pape du design a été le chef de file de créateurs qui ont cassé l’héritage trop pesant du rationalisme, du Bauhaus, de tout un univers qu’ils trouvaient petit-bourgeois […] »
– cit. franceculture.fr

 
« Naviguant entre architecture, design industriel et design expérimental, Ettore Sottsass occupe à partir des années 50 une place de choix sur la scène de la création italienne. Intellectuel engagé, esprit libre et non conformiste, il a su être au cœur des mouvements culturels de son temps, en assurant une continuité depuis son expérience fondatrice chez Olivetti dans les années 50 jusqu’à la création de Memphis en 1981. Sa démarche et son engagement s’inscrivent dans une réflexion qu’il a menée au cœur de l’avant-garde italienne des années 60 jusqu’au Nuovo Design des années 80 où une nouvelle génération de designers revendique son héritage spirituel. Tour à tour designer, architecte, céramiste, dessinateur ou photographe, il a exploré les champs de la création avec une grande liberté. Plusieurs fois récompensé par le Compasso d’Oro, il fait partie des figures incontournables de la création qui ébranla les certitudes des adeptes du fonctionnalisme. »

– Emmanuelle Marquez cit. mediation.centrepompidou.fr

 
 
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« Né à Innsbruck, Autriche en 1917, Ettore Sottsass Jr. est considéré comme l’un des designers les plus importants du XXe siècle. Après des études à Turin en 1939 et après avoir travaillé quelque temps avec son père, Ettore Sottsass Sr, figure majeure de l’architecture italienne d’avant-guerre (et ancien élève d’Otto Wagner), il établit son agence à Milan en 1947. À partir de 1958, il devient consultant en design pour Olivetti, entamant une collaboration étroite qui durera près de 30 ans. Sottsass dessina entre autres en 1959 le premier ordinateur électronique (Elea, 1959) en Italie, de même que de nombreuses machines à écrire électriques. Sottsass est internationalement reconnu comme ayant renouvelé l’approche du design et de l’architecture à travers la recherche de moyens plus sensoriels pour définir à la fois la forme et les espaces domestiques, en accordant notamment une grande importance à la couleur et à la lumière.

« Ce que j’aime, des choses, c’est qu’elles soient hybrides plutôt que pures, issues de compromis plutôt que de mains propres, biscornues plutôt que clairement articulées, aussi contrariantes qu’impersonnelles, aussi ennuyeuses qu’attachantes, conventionnelles plutôt qu’originales, accomodantes plutôt qu’exclusives, redondantes plutôt que simples, aussi antiques que novatrices, contradictoires et équivoques plutôt que claires et nettes. À l’évidence de l’unité, je préfère le désordre de la vie. »
– Ettore Sottsass cit. Robert Venturi, Complexité et contradiction dans l’architecture

 
Dès 1957, en tant que consultant artistique pour Poltronova, Sottsass conçoit des meubles qui préfigurent les expériences de l’architecture radicale. À la même époque, il commence aussi ses recherches sur la céramique : sur la couleur et les matériaux, ainsi que sur les langages figuratifs. Il fut ainsi l’un des précurseurs de l’architecture radicale en Italie, mouvement contestataire qui s’attaqua dans les années 1960 au fonctionnalisme et au rationalisme en architecture (Superstudio, Archizoom, UFO, etc). Dans ces années ‹ radicales ›, entre 1966 et 1974, Sottsass arrête l’architecture en tant que telle pour se consacrer à l’écriture et au dessin, tout en prenant part aux débats théoriques. Sottsass réalise alors des photographies, des installations, des projets conceptuels. Il remet en question le langage de l’architecture, mène des réflexions sur l’environnement, rédige des notes sur l’anthropologie, s’interrogeant, selon Barbara Radice, sur le sens du ‹ construire ›. Le premier numéro du magazine ‹ underground › de la contre-culture italienne, Pianeta fresco (éd. Ettore Sottsass Jr., Allen Ginsberg, Fernanda Pivano) paraît en 1968.
 
 
 
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« Sottsass est le vétéran d’une génération qui a fait du design un art populaire, et donné aux objets un style et une présence dont on ne peux plus se passer aujourd’hui. »
– Michèle Champenois, cit. Le Monde

 
Dans ces années 1970, Sottsass collabore régulièrement pour la revue Casabella, dirigée par Alessandro Mendini (1972-76), qui était l’instrument le plus important de diffusion des idées et des projets de l’architecture radicale en Italie et en Europe. En 1972, il participe à l’exposition phare du mouvement radical italien, ‹ New Domestic Landscape ›, au MoMA (Musée d’art moderne) de New York. Il y présente un projet d’espace domestique, des ‹ environnements ›, sortes de containers flexibles et mobiles, indépendants et modulables.

En 1972-73, il conçoit des visions architecturales idéales du monde de demain, Il Pianeta come festival. En 1973, Ettore Sottsass Jr. fonde Global Tools, contre-école d’architecture et de design, avec Ugo La Pietra, Gaetano Pesce, Alessandro Mendini, Riccardo Dalisi, Andrea Branzi, Michele de Lucchi, Remo Buti. Il sera également l’un des fondateurs d’Alchymia (1976), groupe de travail sur la recherche en design dont l’objectif était la mise en pratique des recherches théoriques menées durant la période ‹ radicale ›.

« Faire du design, ce n’est pas donner forme à un produit plus ou moins stupide pour une industrie plus ou moins luxueuse. Pour moi le design est une façon de débattre de la vie. »

 
En 1981, il donne naissance, avec d’autres architectes et amis, au célèbre groupe Memphis qui s’affirme très vite comme figure de proue dans le domaine du nouveau design. En 1982, il fonde le studio Sottsass Associati avec lequel il poursuit ses activités d’architecte et de designer. Sottsass ne cessa de développer une pratique au croisement de l’art, de l’architecture et du design. »

– frac-centre cit. Ettore Sottsass Jr Contre-design

 
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Que veut dire être designer ?
In Ettore Sottsass jr. De l’objet fini à la fin de l’objet, 1976, pages 18 et 19.

« Dans ce texte intitulé Que veut dire être designer ?, Sottsass revient sur les conditions dans lesquelles il a débuté sa profession après la guerre. Pris entre les résidus de l’inculture fasciste et les théories optimistes du développement, il explique comment il a développé sa propre vision du métier.

‹ J’estimais que le rôle de l’architecte ou du designer, à ce moment-là, était d’instaurer une méthodologie du doute, de la souplesse, de la construction/destruction, de la gravité/ironie, de l’optimisme/pessimisme, de la forme/non forme, etc.

On peut soutenir qu’un projet n’a pas de solution qui ne puisse légitimement supposer ‹ une autre › solution. Quoi qu’il en soit, c’était alors l’occasion de mettre en œuvre une méthode d’approche qui ne conduise pas tant à chercher la ‹ forme parfaite ›, la forme idéale ou l’idée de la forme, qu’à chercher ‹ la méthode pour chercher la forme ›. Bref, une méthode permettant au designer d’être à l’écoute de la nécessité ‹ historique › de son temps et de pouvoir y répondre par une forme, par le design, cette nécessité historique étant déterminée par l’évolution de l’espace et la marche du temps, c’est-à-dire par les conflits politiques et culturels… C’est dans ce contexte de sensations, d’émotions, d’incertitudes et d’intuition et non pas d’idéologies ou de philosophies, que j’ai travaillé pendant de nombreuses années, menant des recherches très banales si l’on veut, simples en tout cas, et peut-être même audacieuses dans leur apparente simplicité. »

– Emmanuelle Marquez cit. mediation.centrepompidou.fr

 

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Plus de ressources sur Ettore Sottsass :

sottsass.it
→ Un portrait très complet sur mediation.centrepompidou.fr
Ecouter l’émission Une vie, une œuvre consacrée à Ettore Sottsass
Un entretien entre Michèle Champenois et Ettore Sottsass
→ Différents articles sur design.designmuseum.org, kiwaida.nu, …
→ De nombreuses images sur mondo-blogo.blogspot.fr / (2), …
→ Consulter l’article Ettore Sottsass Jr, Contre-design
Hans Ulrich Obrist’s Lost Interview with Ettore Sottsass, From Surface Magazine
→ Consulter Planet As Festival de Ettore Sotsass
A propos du groupe Memphis


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