Pierre di Sciullo

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Photographie du portrait : Pierre di Sciullo lors de la préparation de l’installation Typoéticatrac | 2017 | Le Bel Ordinaire

« Pierre di Sciullo est une figure centrale du design graphique et de la typographie française. C’est même, au niveau international, l’un des pionniers de la création de caractères numériques. Son œuvre truculente, littéraire et joyeusement insolente explore diverses voies : un goût infini pour la logique, une absence totale de préjugés sur la forme typographique et son histoire ; une attention à la sonorité du signe, à sa géométrie et sa colorimétrie ; des oscillations permanentes entre une méthodologie rigoureuse et des résultats poétiques. Chacun·e d’entre nous a en mémoire l’un de ses travaux : qu’il s’agisse des caractères Kouije ou Minimum, de la revue Qui ? Résiste ou encore de la signalétique pour le Centre national de la danse à Pantin. Ces recherches, travaux et publications ont marqué et influencé toute une génération de designers graphiques […] »

– cit. zeug.fr

 
« En sortant l’écrit des échelles habituelles de la page ou de l’écran vers l’échelle humaine ou urbaine, comme dans ses nombreux projets de signalétique ou lors de ses interventions dans le cadre du Festival d’Aurillac, Pierre di Sciullo donne forme à des écritures qui façonnent le contexte dans lequel elles s’exposent : la façade d’un musée, un mémorial, le long du parcours d’un tramway… »

– cit. belordinaire.agglo-pau.fr

 

« J’ai appris le métier de graphiste sur le tas. J’ai commencé par faire une publication que j’ai appelée Qui ? Résiste. Je n’avais aucune formation, c’était instinctif et empirique, j’avais 21 ans, j’avais envie de créer des situations de lecture, de confronter des textes à des images et inversement. J’ai commencé par agrafer des photocopies N&B de mes pages, en me disant que je verrais bien. Auparavant, j’avais traversé plusieurs expériences collectives, avec des passionnés de bande dessinée — je croyais alors que je voulais faire de la BD —, qui m’avaient laissé sur ma faim. J’avais besoin d’aller au bout des choses et d’y aller seul. En ce moment, je prépare le numéro 14, toujours seul. Chaque numéro est une sorte de manuel sur un sujet particulier : le carré, la zoologie, la mort, la séduction… Grâce à ce travail, petit à petit, je suis devenu à la fois graphiste, typographe et dessinateur de lettres […] »

– Pierre di Sciullo cit. Leurs noms et rien d’autre | Vacarme N°72, mars 2015

 
« J’ai reçu, à ce propos, une leçon dont je me souviendrais toute ma vie. Assez intimidé, j’avais pris mon élan pour appeler Adrian Frutiger : Bonjour, je suis typographe, et j’aimerais bien venir vous voir. Il me répond aussitôt, presque cassant : Dans ce cas, jeune homme, vous n’êtes pas peut-être pas avec la bonne personne : vous auriez dû rencontrer Emil Ruder ; malheureusement il n’est plus de ce monde. En ce qui me concerne, je ne suis que dessinateur de lettres. J’ai vraiment compris ce jour-là la différence qui existe entre les dessinateurs de caractères qui créent des alphabets, les typographes qui mettent en forme le texte dans la page (avec généralement des caractères créés par d’autres) , et les graphistes, qui sont souvent – mais pas toujours – typographes. En ce qui me concerne, je cache les trois cases… »

– Pierre di Sciullo cit. étapes: N°154, mars 2008

 
« C’est dans le cadre expérimental de la revue Qui ? Résiste, qu’il commence à explorer les formes offertes par le Macintosh et se met à dessiner ses propres polices de caractères: le Basnoda, caractère pour palindrome vertical, qui peut aussi bien se lire la tête en bas que debout, le Gararond, ou le célèbre Garamond arrondi; existe aussi le Gararaide. Le Durmou, tout en souplesse. Le Minimum, d’abord dessiné pixel par pixel en référence au constructivisme russe, puis décliné dans une quarantaine de versions […] Le Zèbre rayé autant que possible évoque des cultures exotiques et permet de multiplier les combinaisons colorées […] Pierre di Sciullo a aussi inventé des polices sensibles à la phonétique: leQuantange, qui permet d’indiquer la prononciation du français par des correspondances graphiques entre les signes et les sons; le Sintétik, “pour des textes nettoyés de toutes les lettres inutiles” et où toutes les syllabes homophones s’écrivent de la même façon. Son intérêt économique saute aux yeux: “gain de place, gain de temps, gain d’argent, et plus de place pour la pub”. Vient l’Aligourane, composé de cinq polices libres de droit, pour permettre enfin aux Touaregs d’utiliser leur système d’écriture sur n’importe quel support (imprimé, écran…).[…] »

– cit. document pédagogique, exposition Mot à mot Festival de Chaumont

 

« Écrire, dans ma pratique, c’est à la fois tracer des signes et dire, nommer, construire.
Tous mes projets habitent le langage, ma vie est un atelier d’écriture permanent […] »
Pierre di Sciullo

 
« J’explore les rudiments du langage, les rapports entre le son et la forme, entre phonème et graphème, entre la parole et le mot dans le texte même, dans la lettre même. Dès que le contexte est favorable je conjugue le malaxage de la langue quotidienne avec la création typographique pour observer les mots, les locutions, pour détourner les slogans et les injonctions qui nous entourent. Inversions, substitutions, néologismes, consonances et décalages participent à la corrosion du sens commun. J’incite le spectateur à jouer avec l’œuvre pour en percer les énigmes et en extraire une potentialité inattendue. Je ne crois pas à la fable de la neutralité du signe, je tente au contraire de révéler la place du corps dans le processus de lecture, mon corps et celui du lecteur. »

– Pierre di Sciullo cit. graphisme.design

 
« Je compare toujours les congrès de typographies aux gens qui se réunissent sur les parking pour voir comment ils vont customiser leur voiture ou leur moto, et qui parlent cylindrée. Si il y a ce type de réunion à côté, je peux y aller par curiosité. Je vais passer un bon moment à faire le tour du parking et certainement nouer des conversations sympathiques. Mais ce qui m’intéresse vraiment, avec une voiture ou une moto, c’est d’aller quelque part avec. »

– Pierre di Sciullo cit. Systèmes Tuning

 


Plus de ressources sur Pierre di Sciullo :

→ Le site de Pierre di Sciullo : quiresiste.com
Une conférence de Pierre di Sciullo réalisée à l’EESAB Rennes en décembre 2016
→ De nombreux articles archivés sur l’incroyable magazines.iaddb.org
Réécouter l’émission Pas la peine de crier réalisée Marie Richeux (rencontre en 5 épisodes)
→ Lire l’interview réalisée par Pierre Ponant : Pierre di Sciullo, l’archigraphiste
→ Lire l’article Ethnographie d’une création en action. Les machines sonores de Pierre di Sciullo
https://www.cairn.info/revue-vacarme-2015-3-page-222.htm
→ Écouter également « L’atelier de … » : Pierre di Sciullo ou encore une autre entrevue ici
Un entretien avec Pierre di Sciullo à propos de l’anneau de la mémoire, à Notre-Dame-de-Lorette
→ Regarder le débat : L’écriture dans la ville, réalisé à la cité de l’architecture et du patrimoine