Les sona – des graphes sur le sable angolais

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Photographie de couverture : L’akwa kuta sona est le gardien de la tradition de son peuple, les Tshokwe. Il raconte des histoires qu’il illustre par des dessins, les sona, tracés de son doigt sur le sable. © Africa Museum Tervuren, Belgique.

« Jusqu’à la fin des années 1950, les membres du peuple Tshokwe au Nord-Est de l’Angola, se réunissaient après une journée de chasse autour d’un feu et écoutaient l’un d’eux raconter des contes selon un rituel précis. Après avoir nettoyé et lissé le sol sableux de sa main, le conteur dessinait une grille de points en veillant à ce que ceux-ci soient régulièrement espacés. Ensuite, au fil de sa narration, son doigt traçait autour de ces points (dans de très rares cas en passant par ces points) une ligne courbe qui servait de support à son histoire […] Le tracé des dessins devait être lisse et continu, sans à-coup : toute hésitation ou arrêt était un signe d’imperfection et d’un manque de savoir-faire que l’audience sanctionnait d’un sourire ironique […] Ces dessins nommés sona (au singulier, un lusona) appartenaient à une longue tradition : ils illustraient des proverbes, des fables, des jeux, des animaux, des énigmes et jouaient un rôle important dans la transmission du savoir et de la sagesse aux jeunes générations. Ainsi, de nombreux sona évoquaient le mukanda, le rite de passage des jeunes garçons à l’âge adulte.

La grille initiale de points facilitait la mémorisation des dessins par l’akwa kuta sona, ou expert en sona. Le nombre de colonnes et de lignes dépendait du motif souhaité et de l’histoire. Par exemple, les marques laissées sur le sol par un poulet que l’on poursuit étaient représentées par un dessin dont la grille de départ avait cinq lignes de six points. Grâce à cette méthode — un exemple ancien de système de coordonnées —, l’akwa kuta sona réduisait la mémorisation d’un lusona entier à celle de deux nombres, celui des lignes et celui des colonnes. »

– Paulus Gerdes cit. pourlascience.fr

 
Cette tradition de dessin sur le sable se retrouve également chez d’autres peuples, c’est notamment le cas pour les îles du nord de l’archipel du Vanuatu, des îles Shepherd aux îles Banks où ils sont appelés Uli ou Ululan sur Pentecôte, c’est-à-dire “dessiner”, “écrire” ou encore « sandroing (de l’anglais sandrawing) en bislama, la langue de l’archipel. À l’origine, il s’agit de dessins destinés à transmettre un message comme “je suis passé te voir” puis avec des formes de plus en plus complexes, du profane il est aussi devenu un moyen de communication avec le monde sacré, en somme un art à part entière ! D’abord, une grille est tracée sur le sol puis de l’index de la main droite l’artiste trace une figure dans le sable d’un trait ininterrompu.

On ne peut s’empêcher de penser aux labyrinthes que le Moyen Âge européen a tracés sur les pavements des cathédrales. Parcourus à genoux, ils représentaient le chemin de Jérusalem en raccourci et ouvraient sur le ciel. […] Ils peuvent représenter des objets, pirogues ou des motifs animaliers comme la méduse. Ces dessins peuvent être aussi le support à un conte, effectués alors devant un public qui accompagne de ses chants le récit. Selon le moment où l’œuvre est effectuée, selon le public présent et son degré d’initiation, elle peut se rattacher aux domaines du sacré ou du profane en jouant sur différents niveaux de sens comme la grande tortue, le plus connu de ces dessins à l’heure actuelle, qui intègre l’arc, mais aussi la musique avec les archets musicaux, et le pouvoir sur les vagues. Après son exécution, le dessin est effacé […]»

– cit. Les arts premiers: “Que sais-je ?” n° 3817

 
« Arthur Bernard Deacon fut l’un des premiers ethnologues à s’intéresser aux dessins sur le sable de Malekula […] Avant sa mort prématurée en 1927, il avait accumulé 118 dessins de ces œuvres éphémères. En 1915, John Layard, l’un des premiers ethnologues à avoir voulu s’intégrer au sein de la population de l’ilôt d’Atchin, proche de Malekula, s’était, lui aussi, intéressé à ces dessins […] Ils sont toujours réalisés de nos jours et ont été inscrits en 2008 sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité établie par l’UNESCO. »

– cit. detoursdesmondes.typepad.com

 

1 Comment

  1. Augustin vous êtes un Trésor du graphisme dans toutes ses dimensions, d’une richesse insondable.
    Comment vous remercier ?
    Pascale Canobbio

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