Jan Lenica

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Photographie du portrait : Jan Lenica et Henryk Tomaszewski pendant la foire de Londres | 1954.
© Zamecznik Wojciech | Fundacja Archeologia Fotografii

« L’expression “école polonaise de l’affiche” est apparue en 1960, utilisée par Jan Lenica dans une interview à la revue suisse Graphis, en référence à l’école polonaise de cinéma (Andrzej Wajda, Krzysztof Kieslowski…), qui était elle aussi en train de devenir mondialement célèbre. Alors que leurs collègues occidentaux travaillaient en priorité pour la publicité, les affichistes polonais œuvraient pour le cinéma, le théâtre et le cirque. L’affiche était alors l’un des rares espaces d’expression artistique tolérés par l’Etat communiste. Les Polonais ont su s’approprier cet espace pour faire preuve d’une liberté exceptionnelle, faisant régulièrement passer des messages voilés à la faveur de doubles sens caractéristiques des œuvres de cette époque. Paradoxalement, la limitation des moyens techniques dont ils disposaient a décuplé leur créativité. »

– cit. courrierinternational.com

 

« Les affiches théâtrale ou de film en Pologne, — si paradoxal que cela puisse paraître — renoncent consciemment et d’emblée à convaincre les gens d’aller voir tel film ou telle pièce de théâtre, à séduire le public. Ce qui ne se montre pas seulement dans la forme donnée aux affiches elles-mêmes, mais tout autant dans les commentaires de leurs créateurs. Ainsi, l’un des plus illustres des affichistes polonais, Jan Lenica, a-t-il pu dire: “Je n’ai jusqu’à ce jour rencontré personne qu’une affiche aurait décidé à aller voir un film parce qu’elle lui aurait donné l’envie d’en être le spectateur. Il est par conséquent tout à fait vain de demander à une affiche de film de remplir la caisse”. Si le but d’une affiche de film n’est pas de faire recette, à quoi peut-elle donc bien servir ? Question à laquelle Lenica répond en ces termes : “L’affiche a seulement pour but d’annoncer le film, d’en exprimer le caractère, le climat — autrement dit, elle est un concentré visuel de l’essentiel même de l’œuvre filmée.” […] »

– Manuel Gasser cit. Affiches polonaises in Graphis de janvier 1963

 
« Libérée de la publicité commerciale l’affiche polonaise se dégage de l’obligation de résultat. Paradoxalement les expériences sont possibles, l’affiche se ressource et produit un style qui devient une référence pour les affichistes des quatre coins du monde. Des personnalités fortes émergent de ces contraintes : Henryk Tomaszewski, Jan Lenica, Roman Cieślewicz, Franciszek Starowieyski, Jan Młodożeniec, Waldemar Świerzy et d’autres encore, inventent une communication visuelle remarquable par ses qualités artistiques, son humour corrosif et une maitrise étonnante du second degré. […] »

– Diego Zaccaria cit. programme du mois du graphisme 2018 – Pologne : Une révolution graphique

 
« Né dans une famille de musiciens et de peintres, Jan Lenica (1928-2001) s’intéresse très tôt à la musique et au dessin, étudiant avec précision l’art de son père, artiste renommé. Après la guerre, durant laquelle sa famille a dû fuir l’occupant allemand (arrêté par la police allemande, Jan Lenica passera quelques temps dans le camp de Plaszow), il publie en 1945 ses premiers dessins satiriques dans la revue Szpilki (Epingles). A la fin de ses études musicales de piano en 1947 à Poznan, il entre en section Architecture de l’Ecole Polytechnique de Varsovie. Tout en préparant son diplôme d’architecte, qu’il obtiendra en 1952, Jan Lenica se fait connaître dans les milieux artistiques polonais. Comme dessinateur, il travaille pour diverses revues. En 1948, il publie ses premiers textes critiques sur l’art graphique et le Club des Jeunes Artistes de Varsovie organise la première exposition consacrée à son œuvre. Il devient en 1950 rédacteur en chef de la revue Szpilki.
 

Il réalise sa première affiche de théâtre en 1950 et débute ainsi sa carrière d’affichiste. Il entame une collaboration de quatorze années avec le département d’édition des affiches de cinéma de la société Film Polski. Son remarquable travail, très inspiré, fait rapidement de lui l’un des graphistes polonais les plus en vue, travaillant à la fois pour le cinéma, le théâtre et l’opéra. Il participe à de nombreuses expositions et foires internationales. Il illustre également des livres pour enfants. De 1954 à 1956, il est l’assistant de Henryk Tomaszewski, célèbre professeur d’affiche de l’Ecole des Beaux-arts de Varsovie et considéré comme le père de la nouvelle affiche polonaise. Plusieurs réalisations le signalent à l’attention des amateurs : les affiches pour La Strada (1956), Il Bidone (1957), Iphigénie (1962) dont les personnages sont traités à larges traits dans des couleurs sombres. […] »

– cit. cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr

 

« Comblé par le succès dès ses premiers débuts, il devint le chef des artistes graphiques de sa génération. Son style et ses moyens d’expression marquèrent l’affiche polonaise en général et valurent à celle-ci l’admiration du monde entier. Cependant, tout en continuant à dessiner des affiches, il se sentit, par fiévreux besoin de créer, d’inventer toujours, attiré par le tridimensionnel. Il travailla intensément à la présentation d’un bon nombre d’expositions, ses dons d’organisateur et son énergie lui facilitant au plus haut point de réaliser dans les faits les visions de son esprit. Comme tout artiste graphique de classe, Lenica accorde l’attention la plus soutenue aux problèmes et aux techniques de la reproduction; ses propres efforts et son enthousiasme amenèrent les lithographes polonais de la génération précédente à accomplir de véritables prouesses d’exécution, d’autant plus remarquables si l’on songe à la modestie des possibilités techniques dont ils disposaient comme à l’insuffisance de leurs machines et de leurs matériaux. Cet intérêt pour la reproduction et ses techniques n’a certainement pas laissé d’éveiller aussi en lui la passion du mouvement, au point que cet infatigable artiste en vint à se consacrer au dessin animé. Il créa dans ce domaine une nouvelle méthode de montage. Et si son choix et son traitement des motifs ont une évidente unité et harmonie graphiques, il n’en a pas moins recours, en même temps, à des situations et à des idées essentiellement “dissonantes” et, pour lesquelles il emprunte le langage de l’expressionnisme et du surréalisme. […]

Charles Rosner cit. revue Graphis de janvier 1960

 

« J’ai senti instinctivement que le cinéma donnait des ailes à mon imagination
et c’est la raison pour laquelle j’ai commencé à en faire. »
Jan Lenica cit Graphis de mai 1965

 

« En 1957, il co-réalise son premier film d’animation avec Walerian Borowczyk. Après Il était une fois, film de 13 minutes qui remporte de nombreux prix, il réalise deux nouveaux films avec Borowczyk. C’est en 1959, lors d’un séjour en France, qu’il réalise seul Monsieur tête, sur un commentaire d’Eugène Ionesco. Le film reçoit de nombreux prix (dont le prix Emile Cohl en France) et contribue à la renommée de Lenica. Retourné en Pologne, il y réalise deux nouveaux films, eux aussi primés. Il reçoit en 1961 en France le prix Toulouse Lautrec pour l’ensemble de son œuvre d’affichiste. Se voyant refuser un projet d’atelier de films expérimentaux par la direction du cinéma polonais en 1962, Jan Lenica s’installe définitivement en France en 1963. Il poursuit son activité de réalisateur de court-métrage, de graphiste et met en chantier en 1966 son premier long-métrage d’animation, Adam 2. La réalisation durera trois ans et demi. La sortie assoit définitivement la réputation de Jan Lenica. Son œuvre est tout autant remarquable par sa technique si inventive (il utilise indiféremment le découpage de papier, le collage, l’animation d’objets, le dessin, les prises de vues directes) que par l’univers angoissé et burlesque qu’il construit. Dans les années soixante-dix, il mène parallèlement, et avec autant de réussite, sa carrière de graphiste et de réalisateur. On peut noter, entre autre, ses travaux de dessins pour les décors et les costumes de pièces montés à l’Opéra de Cologne (Lulu d’Alban Berg en 1972 et Liss Me Kat de Cole Porter en 1977). Le thème de décervelage, récurrent dans son œuvre, est développé avec génie dans les deux films qui résultent de sa rencontre avec le personnage d’Ubu, d’Alfred Jarry : Ubu roi en 1976, puis Ubu et la grande bidouille en 1979. Une grande rétrospective de son œuvre est présentée au Centre Georges Pompidou en 1980. Au début des années 90, il est nommé professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin. »

– cit. cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr

 

« I have always liked to move at the periphery of Art, at the crossing of genres. […] I have enjoyed […] combining elements which were seemingly distant, if not quite foreign, blurring the borders between adjacent areas, transplanting noble qualities to « lower » genres, in other words – quiet diversion. »
Jan Lenica cit. culture.pl

 


Plus de ressources sur Jan Lenica :

→ De nombreuses affiches sur lesaffiches.com, poster.com.pl, moma.org, galeriagrafikiiplakatu.pl
Regarder Screening Room with Jan Lenica (extrait)
→ Regarder les films Adam 2, Ubu et la grande Gidouille (1976), Labyrinth (1962), Rhinoceros (1965), A (1965), Monsieur Tête (1959)
Un article sur le film Ubu Roi de Lenica dans le Graphis de septembre 1976
Explorer les inépuisable numérisation du site magazines.iaddb.org,
→ Plusieurs articles sur Jan Lenica : kinoeye.org, niezlasztuka.net, culture.pl, cooperhewitt.org
Un article sur le long métrage Adam 2 dans la revue Graphis de mai 1970 (un second ici également, ou encore)
→ Lire l’article L’art d’être contrariant : Caricatures politiques de Jan Lenica
Lire L’âge d’or de l’affiche polonaise par Alain Le Quernec

 

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