Sister Corita Kent

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« Une explosion de sérigraphies fluorescentes, de livres, de magazines, de flyers, d’affiches, de textes, de photos, ponctuée de boîtes peintes à usage de piédestal, de sculpture ou de siège, aux murs constellés de stickers et de lettrages vinyls de toutes échelles qui empruntaient au packaging et à la publicité de la fin des années cinquante un dynamisme euphorisant – l’œuvre d’un auteur inconnu de la plupart, Sister Corita.

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Une artiste de premier plan, active en Californie dans les années cinquante et soixante, où elle dirigeait la section art d’un collège religieux, le couvent du Cœur Immaculé. Une nonne inspirée par Buckminster Fuller et Charles et Ray Eames, autant que par les Watts Towers de Simon Rodia ou les fresques et les lithographies de combat de Ben Shahn, une religieuse qui identifiait dans le packaging des épiceries et des stations-service, dans la signalétique urbaine, dans la publicité, des versions contemporaines des psaumes, réclamait des prières ‹ qui se lisent comme la liste des courses chez l’épicier › et pouvait écrire :

→ Julie Ault & Martin Beck, cit. L’art et la beauté dans la vie d’une sœur

« Notre temps voit l’effacement des frontières tranchées. Aujourd’hui tous les superlatifs et l’accomplissement infini dont l’homme est affamé sont mis en oeuvre non seulement dans les contes de fées ou dans les poèmes, mais sur les panneaux d’affichage, dans les publicités des magazines, dans les réclames télévisées. C’est un très vieux vin dans de toutes nouvelles bouteilles. Mais quand nous apprenons (ou enseignons) à faire avec les contes de fées, les mythes, les paraboles, nous devrions aussi apprendre (ou enseigner) à faire avec les panneaux d’affichage, les publicités de magazine et les réclames télévisées. En un sens c’est aussi simple que de prendre les signes pour ce qu’ils sont : des signes. Gloire à Dieu pour les paysages urbains – ils sont pleins de signes. Gloire à Dieu pour les magazines – ils sont pleins de publicités. Le langage des signes est infiniment riche. »

→ Patricia Falguières, cit. rosab.net

Mais surtout une graphiste de génie, qui sut faire de l’espace pictural un forum où le dialogue des voix est exprimé par la typographie, citant, associant, brisant, combinant, extrayant, surlignant et superposant des strates de sens de toutes provenances, tordant la typographie au risque de l’illisibilité – avec une liberté et une force sans équivalent jusqu’à la pochette de Jamie Reid pour l’album des Sex Pistols, Never mind the Bollocks (1977) – un expérimentalisme qui culmine en 1967 avec le livre de ‹ prières à jouer › (play-pray book) Footnotes and Headlines (il suscita l’enthousiasme – entre autres – de Marshall Mc Luhan).

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L’artiste visionnaire que fut Corita Kent : bien au–delà de la légende pittoresque d’une nonne pop, est identifiée comme une activiste et une artiste totale – une ‹ artiste en communication sociale ›, une figure de l’empowerment dans l’Amérique des années soixante (…). La religieuse qui, dès les années cinquante, avait transformé la traditionnelle procession de la fête de la Vierge en happening vibrant et coloré dans les rues de Los Angeles (les étudiantes et les nonnes fabriquaient des centaines de panneaux en utilisant des fragments d’affiches de supermarché, images de hamburgers sauce piquante Campbell et pots de café géants portés en procession, tandis que d’autres affiches proclamaient ‹ J’aime Dieu ›, ‹ Venez à la fête ›, ‹ Œufs gratuits ›, ‹ Dieu m’aime ›, bientôt des slogans contre la guerre du Viet Nam, Corita Kent qui offrit avec le Mary’s Day de 1964 le prototype du Summer of Love, le be-in hippy de San Francisco en 1967 : son ‹ œuvre › trouvait toute sa pertinence dans la proximité des protagonistes d’Act–Up et de Gran Fury.

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« Nothing is a mistake. There’s no win and no fail, there’s only make. »

→ Corita Kent, cit. brainpickings.org

Power Up : Sister Corita and Donald Moffett, Interlocking (dont l’exposition du musée Ludwig présentait une version réduite), lança Sister Corita, post-mortem, dans une éblouissante carrière internationale. Quant aux vieux angelenos, pour peu qu’ils aient eu une éducation catholique, l’univers visuel de Sister Corita ne les avait pas quittés. Mike Kelley (qui, dès 1988 réalisait des ‹ Poetry Paintings › à l’acrylique dans l’esprit de Sister Corita et, plus tard, lui emprunta explicitement ces bannières qui lui sont désormais associées) n’avait-il pas déclaré, quelques années plus tôt dans un entretien avec John Miller :

→ Mike Kelley, William S. Bartman et Miyoshi Barosh, cit. Interview with John Miller

« Corita Kent, les posters psychédéliques, le graphisme gauchiste et les bandes dessinées underground, ce sont les premières choses que j’ai vues et identifiées comme de l’art »

→ Patricia Falguières, cit. rosab.net
Plus de ressources sur Sister Corita Kent :

→  corita.org
→ Consulter l’article dans le N° 43 de Clark Magazine
→ Une interview de Corita Kent par Bernard Galm sur archive.org
→ Différents articles sur eyemagazine.comhyperallergic.comarttattler.com
et underconsideration.com
Les 10 règles de Sister Corita Kent

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