Rendez-vous en Salle e162

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Photographies de couverture et de l’article
© e162, Axel Pelletanche Thévenart, Antoine Elsensohn

Hello à tous, comment ça va ?
Quentin : Je crois qu’on est un peu tendus avec tout ce qu’on a à préparer pour le lancement d’e162 mais on a hâte d’y être.

Pouvez-vous définir ce qu’est e162 ?
Samuel : C’est un projet qu’on a initié au sein du DSAA Design Typographique de l’École Estienne il y a plus d’un an. Notre objectif était de pouvoir, d’une manière ou d’une autre, montrer notre travail en tant qu’étudiant sans qu’on sache trop quelle forme ça pouvait prendre à ce moment-là.

Qui êtes-vous ?
Quentin : On est Loan Bottex, Samuel Pin et Quentin Creuzet, on est tous les trois étudiants en deuxième et dernière année de DSAA Design Typographique à l’école Estienne et on a plus ou moins amené l’idée que ce serait bénéfique pour notre section d’avoir une présence sur internet.

Loan : Du coup notre idée a été de regrouper une grande partie du travail typographique et théorique réalisé au sein de la section sur un site internet.

Peut-on voir ça comme un studio de création de caractères qui grandit chaque année ?
Samuel : Déjà, on ne se considère pas comme un studio de création de caractères mais plutôt comme une plateforme qui montrerait le travail très hétéroclite de nombreux étudiants.

Loan : Et on va pas réellement grandir chaque année mais plutôt renouveler notre contenu. Les travaux typographiques des anciens, qui auront moins besoin d’une exposition, disparaîtront petit à petit du site pour laisser la place à de nouveaux qui ont besoin d’être mis en lumière.

Quel est la position d’e162 face à la distribution de fontes ? Vous considérez-vous comme une fonderie affiliée à l’école Estienne ?
Quentin : On est une fonderie pour les étudiants du DSAA Design Typographique d’Estienne mais on est pas affiliés à l’école en tant qu’institution. On a initié ce projet, on l’a créé, on l’a produit et on voulait surtout qu’il soit entre les mains des étudiants et pas dans les mains d’une institution qui aurait un droit de regard dessus. C’est vraiment une initiative autonome.

Samuel : On a l’impression de combler un manque dans notre section. En fait, les travaux qu’on va distribuer sur ce site sont des polices qu’on ne trouverait pas forcément ailleurs, parce que ce sont souvent des polices en un style, en une graisse, qui n’ont pas encore leur place dans une fonderie pro. Mais néanmoins, ce sont des travaux qui sont le fruit d’une vraie exigence de chacun et qui sont prêts à être utilisés dans des travaux graphiques, comme on peut le faire de notre côté !

Quel est l’objectif ou la valeur ajoutée d’e162 dans la scène typographique actuelle ?
Loan : L’objectif il est clair. C’est de permettre de faire émerger des profils différents, venus du DSAA Design Typographique, sur une scène typographique qui peut être parfois difficile d’accès pour des étudiants. Et on pense que la liberté formelle qu’on s’autorise dans cette formation est une vraie originalité qu’il faut mettre en avant et qui peut intéresser les amateurs de typographie un peu partout en Europe.

Quel regard portez-vous sur les différents espaces de distribution de caractères qui sont affiliés aux écoles ? Je pense notamment à la Typeface design at Reading, à Ecal Typeface ou encore celle de la KABK ? Le travail des étudiants est-il disponible à la vente ou sert-il de mise en lumière pour la période post-diplôme selon vous ?
Samuel : Je pense déjà qu’il faut faire une vraie distinction entre ces trois formations et la manière dont elles communiquent sur leurs projets. La KABK et Reading n’ont pas la volonté de faire des fonderies, aussi parce que leurs projets n’ont pas du tout la même envergure et ne visent pas le même public. Donc leurs sites sont davantage des galeries exhaustives, des compte-rendus présentant des projets menés pendant l’année, individuellement. Pour ce qui est d’ECAL Typefaces, on se sent plus proche de cette ambition de distribution mais par contre, contrairement à eux, on essaye de se distinguer de l’école dans laquelle nous étudions, et surtout, nous ne sommes pas qu’une fonderie mais aussi une archive des projets plus théoriques, comme les mémoires, ou des projets graphiques et éditoriaux.

Quentin : Le travail des étudiants sera en effet disponible à la vente mais de manière indirecte. On n’a pas du tout envie d’être une plateforme, un intermédiaire qui coupe le lien entre les créateurs de caractères et les potentiels intéressés, car on pense que cet échange est primordial dans notre approche de la « distribution » de fontes. Donc il faudra simplement contacter chaque dessinateur de caractères, de manière très simplifiée, pour utiliser ses créations. Mais l’objectif est aussi, tout simplement, de mettre en lumière certains travaux à destination de ceux qui s’intéressent à la typographie.

Chaque caractère publié est-il supervisé par le corps enseignant du DSAA Design Typographique ?
Loan: Ça dépend des projets. Certains caractères ont été réalisés dans le cadre de projets de cours ou de projets de diplôme donc sont complètement le fruit de dialogues et de corrections avec les enseignants. Pour d’autres, ce sont des caractères initiés par chacun, des projets plus personnels, mais qui ont en grande partie été vus par les enseignants aussi.

Les travaux des promotions précédentes seront-ils également disponibles ?
Quentin: On a contacté des étudiants des deux dernières années pour qu’ils nous proposent certains de leurs caractères qui seront disponibles sur la fonderie pour le lancement mais qui laisseront leur place d’ici un an ou deux aux travaux des futures générations d’étudiants. Pour les mémoires et les projets de diplôme ou de cours, on entend au contraire devenir une vraie archive exhaustive de tout ce qui s’est fait en DSAA Design Typographique à Estienne. Mais évidemment, ça demande énormément de temps et l’intégration de ces contenus se fera très progressivement.

N’étant pas soumis aux mêmes contraintes que des entreprises de distribution de fontes, envisagez-vous une approche plus expérimentale sur la communication et les productions d’e162 ?
Loan : Tout dépend ce qu’on entend par expérimental. Évidemment, en tant qu’étudiant, on a beaucoup plus de libertés / d’indépendance que des fonderies avec de pures ambitions commerciales. Donc dans nos projets de diplôme par exemple, il y a des projets très expérimentaux, qui questionnent les limitent du design graphique et typographique. Cependant, je pense que pour beaucoup d’entre nous nous avons certaines ambitions et de certaines exigences, et c’est pourquoi, on essaie d’appliquer cette liberté d’expérimentation à des contextes parfois plus contraints.

Quel sont vos critères de sélection pour apparaître sur le site d’e162 ?
Quentin : Pour les mémoires et les projets, il n’y en a aucun. On veut vraiment être exhaustif et permettre à chacun de montrer son travail sur une plateforme dédiée. Pour la fonderie au contraire, il y a en effet une sélection qui est faite, précisément dans cette optique de distribution et de professionnalisme. Ça n’est pas encore le cas mais pour les futurs étudiants, il y aura des glyphsets à respecter, des attentes en termes d’homogénéisation technique des typographies proposées, pour garder un certain niveau qualitatif sur la fonderie.

Samuel : Ce sont davantage des critères objectifs parce qu’on a, en tant qu’étudiants, aucune légitimité pour appliquer des critères de sélection qui nécessitent davantage d’expertise. On croit plutôt en une exigence et un recul de chacun vis-à-vis de son propre travail, ce qui est aussi quelque chose que l’on continue à acquérir tout au long nos études ici à Estienne.

Y a-t-il une structure qui vous a inspiré ?
Loan : Lors de la réflexion préalable au démarrage du projet, on avait évidemment le site Ecal Typefaces à l’esprit, mais on éprouvait plutôt la volonté de s’en démarquer. Estienne possède un certain héritage qui imprègne ses étudiants, ses productions, on devait en tenir compte dans le design du site pour tenter de représenter au mieux la section. Après, en terme de design, je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de structures qui nous ont marquées, ou dont on s’est inspirées. On aimait bien le site de Colophon, qui proposait beaucoup de fonctionnalités pour tester les fontes, on a donc essayé de reprendre cette idée dans la manière de présenter les caractères, dans la mesure des moyens techniques que nous possédions.

Qu’envisagez-vous pour l’avenir de cette proto-fonderie ?
Quentin : On envisage ce site comme quelque chose de pérenne, on serait un peu tristes que les prochaines générations ne profitent pas de ce qu’on a pris le temps de mettre en place.

Samuel : C’est pour ça qu’on essaie de créer un cadre et une structure claires pour cette plateforme, en établissant des principes. Dans moins de 6 mois, on ne sera plus étudiant à Estienne, et c’est donc important pour nous de pouvoir transmettre tout ça à la promotion suivante, en permettant à chacun sa part d’originalité.

Quentin : Très sincèrement, je crois qu’on envisage pas du tout de faire de l’ombre à qui que ce soit dans le monde de la typographie. Mais nous sommes conscients de notre statut d’étudiant et si ce site peut permettre aux gens d’un peu mieux connaître la section, on sera déjà très fiers de nous-mêmes et de notre travail !

Un mot pour les copains ?
Loan : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a raté sa vie » — Jacques Séguéla

Quentin : On vous donne rendez-vous le 29 mars à Batt Coop à partir de 18h, 33 rue Doudeauville, pour le lancement du site !

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