Muriel Cooper

Muriel Cooper (1926-1994), pionnière du design interactif, créatrice, chercheuse et enseignante au sein du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology). Cooper fut parmi les premiers graphistes convaincus de l’importance de l’électronique, et chercha d’emblée à introduire un haut degré d’exigence visuelle dans la présentation des données affichées, et animées, à l’écran.

« Cofondatrice en 1973, et responsable jusqu’à sa mort en 1994, du Visible Language Workshop au MIT (qui deviendra plus tard avec John Maeda le physical language workshop), celui-ci se basait sur les relations que peuvent entretenir design graphic et nouvelles technologies. Elle a principalement travaillé sur des systèmes de visualisation en 3D permettant de rendre compréhensible des bases de données très complexes. Elle pensait à juste titre pouvoir faire de ces images 3D interactives de vrais outils de compréhension et de communication. En 1994, Muriel Cooper et ses collègues firent une très spectaculaire et brillante présentation de leurs réflexions et travaux lors du TED5. Elle présenta une manière tout à fait nouvelle d’appréhender de grande masse de données, tout en restant fonctionnel et parfaitement lisible. »

→ Etienne Mineur cit. my-os.net

Visible-Language-Workshop

« When you start talking about design in relation to computers, you’re not just talking about how information appears on the screen, you’re talking about how it’s designed into the architecture of the machine and of the language. You have different capabilities, different constraints and variables than you have in any other medium, and nobody even knows what they are yet. »

→ Muriel Cooper cit. adcglobal.org

« Enfin c’est à Cooper que l’on doit un logo d’une qualité et d’une efficacité visuelles exemplaires : celui, justement, de MIT Press, dessiné en 1963 et toujours utilisé aujourd’hui – sept bandes verticales noires de largeur égale juxtaposées, les deux avant-dernières à l’extrémité droite se prolongeant l’une vers le haut, pour l’ascendante du T, et l’autre vers le bas, pour la descendante du P. On ne déchiffre qu’au second regard les initiales de la maison d’édition dans l’image ainsi formée, d’apparence compacte et géométrique – remarquable témoignage d’économie visuelle dans la conception d’un symbole.

Elle assurera également la direction artistique de MIT Press et réalisa à ce titre de nombreuses et mémorables mises en pages. Elle y associait les principes d’une sobriété fonctionnelle héritée du modernisme européen à des éléments inspirés par le quotidien contemporain. Parmi ses contributions notables à la création éditoriale, la maquette, aérée et soignée, de Learning from Las Vegas de Robert Venturi, Denise Scott-Brown et Stephen Izenour en 1972, The Bauhaus de Hans M. Wingler en 1969. ou encore File Under Architecture d’Herbert Muschamp. »

→ Catherine de Smet cit. Pour une critique du design graphique

MIT-press-logo-Muriel-Cooper-1963Muriel-Cooper-couverture-mit-press-Bauhaus-1969-file-under-architectureMuriel-Cooper-couverture-mit-press-a-primer-visual-literacy-1973Muriel-Cooper-Learning-from-las-vegas-1972

« Dès qu’elle prend en charge la mise en page de Learning from Las Vegas, à l’automne 1971, Muriel Cooper entre directement en conflit avec les Venturi. Ces derniers se sont en fait adressés aux MIT Press avec une idée bien précise de ce qu’ils souhaitent pour leur livre. Au sein de l’agence Venturi & Rauch, ils ont déjà réfléchi au choix des illustrations, au calibrage du texte, au découpage des parties, etc. La composition graphique que propose Muriel Cooper ne plaît pas aux architectes de Philadelphie qui, très vite, la jugent ‹ esthétiquement inappropriée et à contresens du contenu du livre. › Ils lui reprochent son esthétique de la page blanche et une trop grande proximité avec la simplicité moderniste qu’ils critiquent justement dans le livre. Ils redoutent plus généralement que le contenu soit déformé et éclipsé par une mise en page trop expérimentale. Muriel Cooper s’efforce pourtant de satisfaire les auteurs qui, dans leur texte, parlent d’inventer de nouveaux dispositifs pour rendre compte de la forme urbaine inédite de Las Vegas. Ils y affirment en effet que ‹ les techniques de représentation venant de l’architecture et du planning nous gênent pour comprendre Las Vegas. Elles sont statiques quand Las Vegas est dynamique, contenues là où elle est ouverte, bidimensionnelles là où elle est tridimensionnelle… › . Par l’assemblage libre de l’iconographie, la composition asymétrique des pages et le design dynamique qu’elle conçoit, Muriel Cooper tente d’immerger les lecteurs au coeur de Las Vegas. Là où les Venturi souhaitent coller au texte et donc s’en tenir à une mise en page traditionnelle, la graphiste propose une expérience visuelle hors norme.

Ce désaccord sur les moyens à mettre en oeuvre, ce ‹ combat intellectuel › comme le dit rétrospectivement Muriel Cooper, s’apparente à une lutte d’ego entre auteurs et éditeurs pour la maîtrise de la publication. Le rapport de force culmine avec les différentes propositions que Muriel Cooper fait pour la couverture de l’ouvrage, auxquelles les deux architectes s’opposent systématiquement sans avoir gain de cause. Ils se voient ainsi imposer une jaquette qu’ils détestent. Le désaccord est si profond que les MIT Press doivent finalement programmer deux éditions, comme en témoigne a posteriori l’un de ses responsables, Roger Conover : Robert Venturi et Denise Scott Brown trouvèrent son design si offensant et insultant pour leurs idées qu’ils menacèrent de retirer leur publication. »

→ Valéry Didelon cit. La controverse learning from Las Vegas

« En 1974, Cooper passe de MIT Press à la MIT School of Architecture, en tant qu’enseignante. Son cours s’appelle « Message and Means » (message et moyens) où elle travaille avec Ron MacNeil. Le cours est rebaptisé Visual Language Workshop (VLW) et, dans les années 1980, dans le cadre du MIT Media Lab fondé par Nicholas Negroponte en 1985, il évolue de l’impression à la programmation, au graphisme d’interface et à l’exploration en 3D. Cooper n’était pas programmeur elle-même, mais elle comprenait l’importance de l’ordinateur et de la nécessité d’explorer ce médium dans des conditions d’apprentissage appropriées. »

→ cit. anthologie du graphisme
Plus de ressources sur Muriel Cooper :

→ Différents articles sur : blogs.walkerart.org, frieze.com, artinamericamagazine.com, aiga.org
Un entretiens entre Ellen Lupton et Muriel Cooper
→ Consulter This stands as a sketch for the future
→ Consulter messages and means par David Reinfurt
→ Consulter Design Quarterly 142: Computers and Design
→ Quelques archives sur designarchives.aiga.org

message-and-meaningMuriel-Cooper-BauhausMuriel-Cooper-couverture-mit-press-00Muriel-Cooper-couverture-mit-press-02MIT-media-lab-Muriel Cooper-soft-type-1990Muriel-Cooper-Visible-Language-Workshop-0Muriel-Cooper-Visible-Language-Workshop