Keith Godard

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Photographie du portrait © Archives départementales de la Dordogne

« Artiste, designer et graphiste émigré aux Etats-Unis, Keith Godard a fait ses études au “College of Printing and Graphic Art” de Londres, puis à l’Université d’art et d’architecture de Yale, aux Etats-Unis. Il vit actuellement à Brooklyn où il dirige StudioWorks, agence de graphisme. Il travaille sur des projets graphiques, contribue à des expositions et des installations. Il publie également ses propres livres aux éditions Works. Enfin, il enseigne le design et la typographie. » (cit. dossier de presse de l’exposition les villes en perspectives)


Extrait d’un entretiens entre Laëtitia Costes et Keith Godard,
paru dans la revue graphê n°59 de juin 2014.
« Tenté un moment par le milieu du théâtre, Keith Godard en a gardé un sens incontesté de la mise en scène que l’on retrouve dans ses travaux en trois dimensions, une très forte expressivité, une imagination débordante. Son travail est à son image, exigeant, ludique, énergique, chaleureux, très démonstratif, haut en couleur.

 

Laëtitia Costes — pourquoi avoir choisi le design graphique ?

Keith Godard — Enfant assez solitaire, je dessinais énormément. Mon père, graveur sur métal, m’a encouragé dans cette voie. Il m’a sensibilisé au dessin de caractères et m’a fait découvrir aussi les affiches de Tom Eckersley ainsi que, lors d’une exposition à Londres, celles de Savignac et d’autres graphistes français. J’ai tout de suite aimé ce concept de design graphique, cet art qui s’adresse à tout le monde et pas seulement aux classes privilégiées. C’est ce qui m’a conduit à intégrer en 1954, à l’âge de seize ans, la London School of Printing and Graphic Art, dirigée justement par Tom Eckemsley. J’ai ensuite obtenu une bourse pour étudier aux états-Unis en art et architecture à l’Université de Yale, dont je suis sorti diplômé en 1967.

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Qu’avez-vous fait après l’obtention de votre diplôme ?

J’ai collaboré quelques mois au magazine Fortune, donné des conférences à l’Université de New York et à la School of Visual Arts, proposé des ateliers à l’Université de Yale et enfin, avec d’autres étudiants en architecture de cette université, constitué un collectif Works, devenu Studio Works que je dirige maintenant depuis douze ans. New York à la fin des années soixante était en pleine effervescence, il n’est pas étonnant que les choses aient vraiment commencé là-bas. Nous étions installés 33 Union Square West au 7e étage, Andy Warhol au 5e et Saul Steinberg au dernier étage. Il y avait peu de graphistes et beaucoup de demandes. Aujourd’hui, c’est l’inverse, il y a trop de graphistes, ce dont je mets en garde mes étudiants de la Fashion Institute of Technology, à qui j’enseigne le design et la typographie.

Quel projet a particulièrement marqué votre carrière ?

J’ai réalisé en 1983 une exposition sur le centenaire du pont de Brooklyn et c’est là où j’ai vraiment développé mes travaux en trois dimensions. Dans le même temps, je faisais des couvertures de livres pour Doubleday Book.

Vous avez fondé une maison d’édition Works Editions, qu’y publiez-vous et pourquoi ?

Aux états-Unis, les livres de graphisme sont considérés comme peu rentables, peu de livres intéressants sont publiés, il faut donc les publier soi-même. Le premier livre que j’ai publié avait pour titre Itself. Je l’avais proposé sans succès aux éditions du Museum of Modern Art. J’ai alors emprunté de l’argent et l’ai publié à compte d’auteur en deux cents exemplaires. Je suis retourné au Museum of Modern Art où il a été accepté avec enthousiasme. J’en ai conclu que le plus simple était d’éditer moi-même les livres de graphisme ou d’architecture que j’aimais et de trouver ensuite un distributeur. Je continue à pratiquer de la sorte. […]

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Quels graphistes admirez-vous ?

J’admire un certain nombre de personnes mais qui ne m’ont pas nécessairement influencé, par exemple, Philippe Apeloig pour son énergie, Anthon Beeke pour l’excentricité de ses affiches, le groupe Grapus (Pierre Bernard, Gérard Paris-Clavel, François Miehe, Alex Jordan, Jean-Paul Bacholet), autant pour leur graphisme que pour leur engagement politique, social et culturel, leur intention de “changer la vie“. J’admire aussi les installations de l’architecte autrichien Hans Hollein, l’univers visuel et les mises en scène de Robert Wilson. J’adore aussi la revue Typographica dont j’ai toute la collection.

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Quel regard portez vous sur le graphisme contemporain, disons des dix dernières années ?

Je retiens tout particulièrement Stefan Sagmeister, il a commencé par collaborer avec des grands noms de la musique. Il utilise des techniques différentes, il est à la fois, artiste contemporain et graphiste. C’est sans doute au niveau de cette frontière que l’on peut faire avancer le graphisme. J’admire depuis toujours April Greiman dont la créativité est toujours aussi grande sur la durée. Aujourd’hui, le graphisme est de plus en plus dématérialisé. Le print disparaît, ou en tout cas, les graphistes ne créent plus majoritairement pour le print. En France, vous avez encore de petites librairies, mais aux états-Unis, les gens achètent de moins en moins de publications sauf les beaux livres d’art.

Finalement, la création graphique se déplace vers le design. Comme l’écrit se perd, la création au sens classique se perd. En tout cas, le bon graphiste d’aujourd’hui est celui qui invente, quel que soit le support. N’oublions pas que les œuvres graphiques les plus marquantes du passé sont le fait d’artistes, par exemple les affiches constructivistes russes qui en fait étaient à l’avant garde de leur époque. La technique avec l’ordinateur a certes influencé le graphisme, mais pas toujours pour le meilleur. C’est l’état d’esprit et la valeur intrinsèque des graphistes d’aujourd’hui qui font souvent défaut, ce sont plus des consultants en graphisme que des graphistes. Aujourd’hui, avec un ordinateur, tout le monde a accès aux outils du graphisme, mais très peu comprennent vraiment la nature de la création graphique, ses objectifs. Ils manipulent et maîtrisent l’outil, mais ne font pas pour autant toujours du graphisme […] »

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Plus de ressources sur Keith Godard :

studio-works.com
Une interview entre Laëtitia Costes et Keith Godard paru dans la revue graphê, n°59 de juin 2014.
À propos de Memories of 23rd St.
→ Plusieurs articles sur : a-g-i.org, thinkingform.com, containerlist.glaserarchives.org, lestroisourses.com
→ Un aperçu de l’ouvrage This Way – That Way
Plusieurs réalisations dans la collection du Cooper Hewitt
Une video de Keith Godard présentant son travail
→ À propos des ouvrages Sounds et Glue glue


 
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